‹ Du Saint-Gothard à la merChapitre 7 sur 51 · I. LA VALLÉE BARBARE ET LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

I. LA VALLÉE BARBARE ET LA CONQUÊTE

Orientation de la vallée du Rhône à Arles. — Les cluses et les épanouissements. — Importance des affluents. — Crues de l'Isère et de l'Ardèche. — Débit du fleuve à l'étiage et en temps d'inondation. — Aspect de la vallée dans les temps anciens. — Le vent et les eaux. — Ancienne navigation sur les affluents. — La culture dans les premiers siècles : le blé, la vigne, l'olivier. — Importance du vignoble gaulois. — Premiers habitants de la vallée. — Occupation du littoral et de la vallée inférieure par les Phéniciens. — Dépossession graduelle des Phéniciens par les Grecs de Phocée. — L'Hellénisme dans la vallée du Rhône. — Alliance de Marseille et de Rome. — Premières excursions des Romains en Gaule. — Les Allobroges et les Arvernes. — Batailles de l'Isère et de la Sorgues. — Constitution de la province Narbonnaise. — Invasion des barbares du Nord. — Défaite d'Orange. — Campagne de Marius. — Les Romains définitivement maîtres de la vallée du Rhône.

La vallée du Rhône, de Vienne ou de Lyon jusqu'à la région mantimequi commence, un peu au-dessous d'Avignon, au confluent deiaDurance, présente, sur près de 250 kilomètres de longueur, ufie succession de tableaux un peu uniformes peut-être, mais ^une majesté de développement, d'une hardiesse de lignes, d'une harmonie de couleurs, d'une limpidité et d'un éclat de lumière ^ui défient toute description.

Cest bien ici le véritable tronc du fleuve. En amont, depuis Lyon jusqu'au plateau neigeux du Gothard, le Rhône est encore <^omme en voie de formation ; et on n'est pas sorti de cette pre- "^fe zone, toujours la même dans les fleuves comme dans les moindres torrents qui descendent des hautes montagnes. Nous

l'avons décrite plus haut et appelée la « zone d'érosion ». Hier encore, géologiquement parlant, c'était une immense nappe de glace. Aujourd'hui, après la grande débâcle glaciaire et le déluge torrentiel qui lui a succédé, la vallée s'est dégagée et mise pour ainsi dire à nu.

Mais depuis les grands bouleversements qui ont terminé la série des périodes géologiques et précédé immédiatement les âges historiques les plus reculés, le niveau du fleuve s'est considérablement abaissé, et le Rhône actuel, limité à la ligne de son thalw^, n'est qu'un cours d'eau relativement modeste, reste du grand fleuve qui remplissait, à l'époque torrentielle, toute la largeur de la vallée.

De Lyon à Arles, le Rhône présente un seul alignement presque rectiligne, exactement orienté du Nord au Sud. A peine quelques coudes, quelques inflexions. Rapide, puissant, sonore, il coule à pleins bords, franchit sans arrêt sensible tous les défilés et tous les obstacles, allant droit devant lui, « taureau furieux descendu des Alpes et qui court à la mer (i) ».

La section transversale de la vallée est, en général, une tranchée large et régulière bordée sur la rive droite par des montagnes abruptes, presque à pic; sur la rive gauche, par des collines plus adoucies, mieux cultivées, dernières ondulations de la grande chaîne des Alpes, dont les sommets blanchis se découpent au loin sur l'horizon. La largeur est presque uniforme, un kilomètre et demi environ. Le fleuve, qui mesure en pleines eaux 3 ou 400 mètres d'un bord à l'autre, zigzague de droite à gauche, battant le pied des falaises sauvages du Vivarais et de l'Ardèche, léchant les pentes de l'autre rive d'un relief beaucoup moins accentué. De distance en distance, les deux lignes de montagnes se rapprochent, et, en plusieurs endroits, sur 3 ou 4 kilomètres de longueur, la route de terre et la voie ferrée sont entaillées en corniche des deux côtés de la vallée. Vienne est ainsi précé-

(i) MiCHELET, Histoire de France.

dée d'un étranglement qui commence déjà à Givors. Tain et Tournon, qui se font face au devant de la célèbre colline de l'Hermitage, peuvent à peine se développer sur de petites berges étroites ; et les maisons de leurs faubourgs sont obligées d'escalader les hauteurs qui les dominent. La plus longue, la mieux dessinée de ces cluses, qui rappellent celles du Rhône supérieur et du Valais, est la cluse de Donzère, qui est comme la porte d'entrée du Rhône dans la région méditerranéenne. C'est à partir de là, en effet, que commencent à apparaître les premiers oliviers.

Par contre, immédiatement avant ou après ces cluses étroites, la vallée s'ouvre démesurément ; et les plaines de Valence, de Montélimar, de Pierrelatte, d'Orange et d'Avignon, larges de 15 a 20 kilomètres, forment un contraste saisissant avec les passages rétrécis qui les précèdent ou les suivent. Mais ces étranglements et ces épanouissements, de même que les légères courbures du fleuve, ne sont que des accidents isolés et exceptionnels; et, dans sa structure générale, la vallée se dessine comme un grand sillon r^ulier, sans déviation sensible, allant droit du Nord au Sud et présentant une largeur à peu près uniforme de 2 kilomètres.

Un nombre considérable d'affluents latéraux aboutissent au cours d'eau troncal, et quelques-uns ont une importance comparable à celle du fleuve lui-même. C'est, du reste, une des particularités du Rhône, depuis le glacier supérieur du Gothard jusqu'à ^^ région maritime, de recevoir, de distance en distance, des ^uents d'une puissance souvent égale à la sienne.

Nous avons déjà vu que le glacier de la Furka, — Furka- Glestch ou Rhône-Glestch, — qui est le point culminant de la vallée et que l'on regarde ordinairement comme la source supé- "curedu fleuve, n'était que peu de chose à côté de l'immense feuvede glace d'Alestch, son premier affluent, qui n'a pas moins

de 103 kilomètres carrés de surface, et dont l'écoulement — le torrent de la Massa — dépasse de beaucoup le débit du Rhône (i). Un peu plus bas, la Vi^e et la Dranse, dans le Valais, l'Arve, à la sortie du Léman, ont aussi, à Tépoque des crues et des débâcles, un débit égal, et même supérieur. Le Rhône est ainsi plusieurs fois doublé à la rencontre de ses principaux affluents dans la région alpestre de son cours.

En aval, les affluents sont encore plus nombreux sur les deux rives, mais, en général, d*une importance et d'un débit moindres. Quelques-uns, cependant, en temps de pluies exceptionnelles ou à Tépoque de la fonte des neiges, apportent accidentellement des masses d*eau formidables. Telle est l'Isère, sur la rive gauche. Comme le Rhône, l'Isère prend naissance sur les plateaux supérieurs des Alpes et dans la région des glaciers. Elle reçoit, en outre, sur sa route, deux torrents, le Drac et la Romanche, dont les débâcles sont d'une soudaineté et d'une violence terribles. A son arrivée dans le Rhône, un peu au-dessus de Valence, son débit, qui n'est que de 60 mètres cubes à l'étiage, se chiffre, en temps de grandes inondations, par plusieurs milliers de mètres cubes.

Les autres affluents de la rive gauche , la Drônie , la Berre , le Roubion, le Lez, TOuvèze, TAigues, la Sorgues, pour ne citer que les principaux, n'ont pas un bassin aussi vaste à beaucoup près que l'Isère, ne possèdent pas un débit soutenu en été, comme celui des grands fleuves alpins , par la fusion des neiges , et présentent quelquefois pendant les sécheresses de grands lits pierreux, à peu près desséchés, analogues aux « craus » de la Provence; mais ils coulent sur des terrains arides, dénudés et dépourvus souvent de toute culture forestière; les orages y transforment très rapidement les moindres ruisseaux en torrents; les eaux s'écoulent alors avec une extrême rapidité; et des rivières, insignifiantes en temps normal, atteignent presque à vue d'oeil un débit égal et même supérieur à celui de la Saône et de l'Isère réunies.

(1) Voir tome I", 2*" partie, ch. i"'.

eidi

Sur la rive droite, le régime des affluents est encore plus désordonné. Les montagnes du Vîvarais et des Cévennes ne peuvent permettre aux rivières transversales un bien grand développement; mais c'est sur le versant méridional de ces montagnes dénudées que s'arrêtent les nuages poussés par les vents de l'Est Sud et saturés de vapeur d'eau. La condensation de ces ises aqueuses est quelquefois l'affaire de quelques heures. De ritables trombes s'abattent alors sur des pentes dégarnies de ■Tégétation ; toutes les gorges deviennent de petits torrents rageurs qui s'ajoutent les uns aux autres, corrotletit les rives, roulent des gïlets, déplacent des blocs de rochers, tiéracinent les arbres, emportent les récoltes, quelquefois même les bestiaux, les fermes «les ponts. Nous avons encore devant les yeux les terribles désastres causés par les crues de l'Ardècheet du Gardon en i8go, i8gi et 1892 ; et tous les riverains du Rhône ont conservé le souvenir des inondations Formidables de 1856 et 1857, pendant lesquelles trois cours d'eau seulement de la rive droite, le Doux, l'Eyrieux et i'Ardèche, versèrent pendant quelque temps dans la vallée une masse totale de 14,000 mètres cubes à la seconde, c'est-à-dire autant que le Gange et l'Euphrate réunis en jettent normalement ^ Il mer.

On est effrayé à la pensée de la coïncidence, à la rigueur possitle, de toutes ces crues latérales. Si la fonte des neiges alpines se produisait à peu près à la même époque que les avalanches d'eau qui tombent sur les montagnes cévenoles, toute la région inférieure de la vallée serait balayée par une crue diluvienne à laquelle nen ne pourrait résister. La plaine entière d'Avignon à la mer wrait recouverte par l'inondation ; et cette eau boueuse laisserait, «I se retirant, de distance en distance, un dédale de mar^s sans Roulements et de cloaques pestilentiels. Fort heureusement, les pluies diluviennes sont presque toujours locales et non régionales, rt ne s'abattent pas en même temps sur les pentes abruptes des Wïnnes et du Vivarais , sur les forêts des Vosges , dans les S"rges du Jura et sur les petits contreforts occidentaux des Alpe5. L'Ardècbe, la Saône, le Doubs, l'Ain et la Drôme ne

grossissent pas sous l'influence des mêmes vents et dans les mêmes conditions atmosphériques. D'autre part, les débâcles glaciaires et les crues des torrents alpins se produisent toujours à la fin du printemps ou dans le courant de l'été, alors que la plupart des rivières sont à leur plus bas étiage. Les crues des affluents du Rhône sont donc successives et non simultanées. Sans cette heureuse alternance, la région inférieure de la vallée serait à chaque instant menacée d'une ruine complète; elle aurait eu la plus grande peine à se constituer, ou, pour mieux dire, elle n'existerait pas.

Malgré cette sorte de pondération qui existe entre les crues des rivières grossies par les pluies et celles qui sont alimentées par les neiges et les glaces, l'écart est encore considérable entre les grandes et les basses eaux du Rhône. A l'étiage, le débit moyen est de 2IO mètres cubes à Lyon et de 530 mètres cubes à Arles. En temps d'inondation , il s'élève, dans la traversée de ces deux villes, à 6,000 et à 14,000 mètres cubes. Avec un pareil débit, le fleuve, de Lyon à la mer, présente presque en tout temps des conditions favorables à l'établissement d'une grande navigation libre, sauf dans des circonstances tout à fait accidentelles et pendant de très courtes périodes d'inondation , de glaces et de brouillards.

Il est hors de doute que cette vallée du Rhône a été, dès l'origine des âges, une des régions les plus peuplées, et surtout les plus parcourues de l'Occident. Mais il est non moins certain que l'aspect général des lieux, les cultures du sol, le régime des eaux courantes, le climat lui-même, toutes les dispositions, en un mot, de ce qu'on pourrait appeler le théâtre géographique sur lequel les hommes se sont succédé depuis vingt ou trente siècles, ont subi quelques modifications.

On sait qu'aux époques les plus reculées , et même encore à

ne de notre ère, ta vieille Celtique était presque entièrement couverte de forêts à peu près impénétrables (i), offrant sur beaucoup de pointa la même physionomie que l'Amérique du Nord au si*de dernier {2). I.a plupart des géographes classiques, et en particulier les a Commentaires n de César, ne laissent aucun doute à ce sujet (3). Les habitations des Gaulois, lorsqu'elles n'étaient pas perchées sur les hauteurs, castra, oppida, étaient presque toujours fixées sur la lisière des bois ou sur les berges des fleuves, jamùs dans la plaine. On s'assurait ainsi des moyens de défense et de retraite, et on se préservait en même temps des chaleurs extrêmes de l'été (4). Les défrichements avaient déjà pris, à l'tpoque de la conquête, une certaine extension , dans la Narbonnaise surtout. On pratiquait dans les forêts de larges clairières; or [ertillsait le sol , dépouillé de son ombrage , avec la cendre des arbres, le seul amendement connu. Les terres riveraines des fleuves, les petites plaines furent les premières déboisées et semées de blé et d'orge {5). Mais toutes les pentes, tous les plateaux supérieurs conservèrent pendant plusieurs siècles leur magnifique vêtement de verdure. La destruction presque complète des forêts a Hé en grande partie l'œuvre de l'homme civilisé. Incendiées ptndant les guerres qui ont précédé la conquête et l'interminable sirie des brigandages armés qui l'ont suivie, mises en coupes soi-disant réglées pour la transformation du sol forestier en vagues plturages ou en territoire agricole, elles ont à peu près disparu ; et ce changement de culture a eu pour résultat de modifier du mime coup le régime de tous les cours d'eau. D'une manière

ID Amana ttuis intmanibus.

Miu,Dfiilu orbh. III. 3.) (il J. S, SpRLSCEII. Fonsl lift and fore

s. New-York, 1851.

'a GauU et de Va:

Ij) C«a*«, BeU.gaU.. 11. 17; V, ai et 31 ; VI, 30; VII. 16. fmi.Hhl-nai.. XV, ïiui, 151 XVI, 30^ XVII, 11 ; XVIII,

T. Paris, 1867.

(41 adificio circumdalo. .

\ l'^t.Bra, Gall.. VI, 30.)

inl fert demiciîia Gallomm, gni vHandi e ^nminum fielnni firofiingHÎntatei.

générale, on peut dire que la terre a été appauvrie, la nature enlaidie, les climats gâtés.

Les grandes forêts, en effet, jouent, par rapport au climat, un rôle comparable à celui de la mer; elles atténuent les différences naturelles de température entre les saisons extrêmes. Les déboisements de grandes surfaces forestières , au contraire , ont accentué les écarts entre les froidures de Thiver et les chaleurs de Tété, et augmenté par suite la violence des courants atmosphériques. L*un des fléaux de la vallée du Rhône, le terrible vent du Nord- Ouest, si bien appelé le maître vent, le mistral, magistral, maëstralj et qui descend, comme une trombe, des flancs escarpés des Cévennes, pour s'étaler en mer depuis la montagne de Cette jusqu'à la rade de Toulon (i), n'est certainement pas un phénomène récent, mais paraît souffler aujourd'hui avec une fréquence et une furie inconnues aux premiers âges, alors que la vallée entière était défendue par de grands massifs forestiers. Strabon parle bien de l'impétuosité du « vent noir », le « mélanborée ■, qui désolait la Crau , renversait , dit-il , les hommes de dessus leurs montures, et leur enlevait jusqu'à leurs armes et leurs habits (2) . Mais bien que la Crau fût aussi dénudée aux premiers siècles que de nos jours et dût présenter un champ librement ouvert aux rafales du mistral, elle était, dans une certaine mesure, protégée par les collines boisées qui s'échelonnaient sur les deux versants du Rhône comme des écrans naturels. En thèse générale, il n'y a pas ou il n'y a que peu de vent dans les forêts et à l'abri des forêts.

A ce premier bienfait s'en joint un second d'une bien autn importance. Lorsque les pluies tombent sur des surfaces dénudées.— elles enlèvent graduellement au sol le mince épiderme de terr^ végétale qui le recouvre et l'entraînent à la mer sous forme d^ limons inutiles. Les tapis de verdure disparaissent peu à peu

(i) Parlement, mistral et Durance,

Sont les trois fléaux de Provence.

(Vieux dicton provençal.) (2) Strabon, Gcogr., IV.

DE I.YON A AVlfiNON-

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Èreu!

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Fossature du globe se montre bientôt à nu. Les rochers à peine de mousse sont ravinés à leur base; ils s'abaissent, se loquent, s'effondrent. Dévastes champs de débris remplacent tes prairies et les cultures des vallées. La terre se dessèche en amont et sur les hauteurs. Les eaux glissent avec rapidité à la surface du sol, forment de tous côtés des ruisseaux temporaires, rusent des ravins, se précipitent avec fracas dans les thalwegs, lugmentent d'une manière démesurée les débits en aval, et causent partout sur leur passage de redoutables dévastations. Alternatives de sécheresses et d'inondations, absence de régime I fixe, tel est le résultat auquel ont conduit le déboisement excessif H des montagnes et les défrichements immodérés des hauts plateaux. ^Ê A l'origine des temps historiques, l'homme n'avait pas encore H^ abusé de son pouvoir pour épuiser le sol qui le nourrit. Trop jeune el trop faible, inexpérimenté et mal outillé, presque sans besoins, il I l'wait des produits de la terre et ne la violentait pas (i). L'harmonie de la nature n'était pas aussi troublée que dans notre siècle d'extrême civilisation et d'exploitation industrielle ; et, sans sortir du cadre de la Celtique, que recouvrait presque en entier un épais manteau de forêts à peine troué par des clairières et quelques défrichements locaux , on peut regarder comme certain que l'écoule- I ment général des eaux était alors beaucoup plus régulier, les pluies

I annuelles plus abondantes, leclimat par suite plus égal. Les eaux.

(pe les branches entremêlées des arbres laissaient tomber goutte âgoutte, suintaient à travers les feuilles mortes et le chevelu des racines, descendaient souterrainement dans les bas-fonds, jaillissaient de distance en distance en fontaines fertilisantes, et alïiienlaient ainsi graduellement les rivières et les fleuves dont les tiiveaux étaient sensiblement plus élevés, les débits plus abondants et surtout plus réguliers. Climat plus égal et plus humide, l'iuies plus fréquentes, plus prolongées et moins torrentielles, étages plus élevés, crues modérées, inondations plus rares, navi- {pbilité mieux assurée, flottage possible même sur les plus petites

''I Georges P. MaMsH. Man and nature or Fhyaical Gtography aa mmiifiidby ^"^t» action, London, 1864,

rivières, telles paraissent avoir été les conditions des grands fleuves et de leurs affluents aux âges primitifs de l'humanité ; et ces conditions se sont à peu près maintenues pour toute la Gaule et en particulier pour la vallée du Rhône jusqu'aux premiers siècles de notre ère.

L'action destructive de l'homme s'était cependant déjà fait sentir à l'époque de la conquête. On ne saurait toutefois mettre en doute que la plupart des coteaux qui bordent le Rhône et toutes ses vallées latérales sont longtemps restés presque entièrement boisés, et que les grandes pentes de la région montagneuse des Cévennes et du Vivarais et toutes les croupes des Alpes dauphinoises et briançonnaises étaient recouvertes d'une magnifique végétation forestière. Les moindres cours d'eau devaient nécessairement alors être alimentés en tout temps; et les plus modestes rivières, presque toujours flottables, pouvaient être utilisées pour les transports. L'Isère, la Drôme, l'Ardèche, l'Ouvèze, la Durance, qui sont aujourd'hui à peu près impropres à toute navigation et peuvent à peine servir au flottage, très exceptionnellement et sur de faibles parties de leur cours, avaient autrefois une batellerie organisée. Nous avons parlé plus haut des puissantes corporations des bateliers de la Saône et du Rhône. Il existait des associations de même nature pour la plupart des affluents. Les bateliers de la Durance, nautœ Druenticij ont laissé leur souvenir sur un nombre considérable de monuments lapidaires. La corporation des bateliers de l'Ouvèze et celle des bateliers de l'Ardèche nous sont aussi connues d'une manière toute spéciale ; et la Curie de Nîmes faisait à ses membres le même honneur qu'à ceux du collège « splendississime » des bateliers du Rhône et de la Saône. Elle leur réservait vingtcinq places au premier rang des gradins de son amphithéâtre. L'inscription existe encore, et on peut la lire au musée épigra— graphique de Nîmes sur un fragment du chaperon demi-cylindriquer qui couronnait le mur du podium de l'amphithéâtre (i). On n'a-

(l) N . ATR . ET . OVIDIS . LOCA .

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