RUE GARANCIÈRE
De tous les fleures île l'Occident, le H ht) ne n’est pas celui qui présente le plus long parcours, ni le plus fort tonnage; mais c’est peut-être le plus carié dans ses aspects et incontestablement celui qui a été le plus intimement lié à la rie des peuples civilisés.
Le fleure d’aujourd'hui n’est pas celui des siècles passés; il n’est pas davantage celui des siècles à venir.
Les glaciers de l’époque primitive ont disparu, faisant place à des forêts, des prairies, des champs cultivés et habités. Le grand golfe de l'embouchure qui pénétrait dans l’intérieur des terres s’est peu à peu comblé; et les alluvions fluviales gagnent tous les jours sur le domaine de la mer. Dès l’origine des temps historiques, l'homme a pris possession de la vallée. Bien avant la première route de terre, le fleuve a été son guide, son itinéraire, son unique moyen de transport. Il a vu en lui une défense, la source principale de sa richesse, le bienfaiteur et le compagnon de sa vie.
Le Rhône est, par excellence, le fleuve historique et même préhistorique de notre vieille Europe.
S’ouvrant à l’une des extrémités de la Méditerranée, tout d’abord orienté directement vers le Nord, prolongé en ligne droite par la Saône jusqu’au cœur de la Celtique, le Rhône était naturellement destiné à devenir le grand chemin des nations.
C’est par le Rhône qu’ont pénétré tour à tour chez nous les Phéniciens, les Grecs, les Romains, — avec eux toutes les cultures, tous les arts, toutes les religions, — après eux tous les conquérants
et trafiquants, hommes de guerre et d’argent de la région méditerranéenne. C’est sur ses rives que se sont élevées les villes les plus riches et les plus élégantes de l'Occident, dans sa vallée que se sont passés les événements les plus décisifs de notre histoire nationale.
Dans une étude précédente, fai écrit l’histoire complète du Rh&ne en lui donnant tous les développements qui s'y rattachent et qui touchent à la fois à la géologie, à la géographie, à l'archéologie, à l’histoire, au mouvement des arts, aux travaux des ingénieurs.
Je me borne maintenant à suivre le fleuve, étapes par étapes, depuis la région sereine de son glacier jusqu’aux immenses lagunes de son delta, — à décrire, à travers les siècles , les variations de son cours, — à raconter la naissance et la vie , la prospérité ou la décadence des villes échelonnées sur ses rives, — à rappeler les principaux événements dont il a été le théâtre et que rien ne doit faire oublier.
J’ai donc supprimé toutes les digressions scientifiques un peu abstraites et techniques, que le lecteur pourra d’ailleurs retrouver facilement dans ma première étude.
Je lui présente seulement aujourd'hui un livre courant d’histoire et de légendes, de voyage et de souvenirs.
Les FouzeSf.près Uzès, novembre i904.