VAL . CONSTANTIO PIO . PEL /// AVG . ET SEVERO . NOB . CAES VU
Inscription trouvée aux environs d’Hermance, probablement sur son ancien «■placement ; car la distance de Genève à Hermance est bien d’environ sept milles romains.
DE LA RÉGION DU RHONE
qu'une route à peu près continue entourait le lac autrefois, à peu près sur l’emplacement de celle qui suit le rivage moderne, Tout au moins est-on sûr que cette route existait sur la rive suisse •et sur la partie de la rive savoisienne qui longe la partie du Léman qu’on appelle « le petit lac » et qui s’étend de Genève aux abords de Thonon. Ces deux routes se réunissaient à Genève et, •dès lors, n’en faisaient plus qu’une qui descendait le cours du Rhône, passait à une petite localité située à l’embouchure du Fier, qui portait le nom générique de Condate (1), et, tout en ■suivant le Rhône, aboutissait au confluent du Guier, à la station <ÏA ugustum, que l’on croit reconnaître dans le village moderne d’Aoste (2).
C’est à Aoste que la route de Genève rencontrait celle des Alpes; elle se confondait alors avec elle, abandonnait la vallée du Rhône, serpentait à travers les petites collines du Dauphiné, passait à Bourgoin et se terminait à Vienne.
Toutefois, il est peu probable que la vallée du Rhône, qui présente, au-dessous du Guier jusqu’à Lyon, une plaine large, riche et fertile, n’ait pas été desservie par un chemin longeant d’une manière continue le fleuve, dont les eaux commencent à perdre leur allure torrentielle et à devenir navigables. Malgré le silence des itinéraires, on est fondé à croire que ce chemin devait exister et qu’il devait se trouver naturellement en dehors du champ d’inondation. On ne saurait, en effet, rationnellement admettre que Lyon, au premier siècle, ville de création moderne, véritable citadelle, comme l’appelle Strabon (3), élevée au centre d’un
(1) Le nom de condate, qui correspond assez bien à notre mot coude, était appliqué très souvent aux agglomérations bâties à la rencontre de deux cours d'eau. — Cf. l’inscription de la corporation des bateliers établis au confluent ( condate ) du Rhône et de la Saône à Lyon : navtar (um)... condeativm. (De Boissieu, Inscr. ont, de Lyon. 1846-1854.)
(2) Il importe de ne pas confondre ce petit village d’Aoste, situé & l'embouchure du Guier dans le Rhône, avec celui du même nom qui se trouve sur la Drôme entre Die et Valence, et la petite ville piémontaise d'Aoste au pied du versant italien du grand Saint-Bernard.
Voir A. Alliier, op. •<!., t. I, sous la rubrique Embranchement cTAuguttum à Genève.
Cf. Carte de Peutinger.
(3) Té xè Aoufcouvov ev [ficaw] qjjç jrcôpaç Êaxiv, u>oitsp àxporcoXtç Stà rk ràç ovfiSoXotç
LES VOIES ANTIQUES
vaste bassin hydrographique et d’où l’autorité impériale pouvait aisément s’étendre sur tout le pays compris entre les Cévennes et les Alpes, n’ait pas été le point de départ d’une route remontant directement le fleuve, établissant ainsi une communication permanente entre le haut Valais, pays des Helvètes montagnards, et le rivage massaliote.
Une pareille lacune eût été une véritable anomalie.
La route latérale au fleuve, qui descendait de Brieg à Genève et de Genève à Seyssel et Aoste, ne pouvait être brusquement interrompue pour reprendre ensuite à partir de Lyon. Elle continuait très certainement le long de la grande vallée et aboutissait au confluent du Rhône et de la Saône, au pied des collines de Fourvières et de la Croix-Rousse.
Nous avons vu plus haut que Lyon était le point de convergence de quatre routes importantes :
L’une se dirigeant vers l’Ouest, traversant les Cévennes et l’Aquitaine et se terminant sur les bords de l’Océan, près de l’embouchure de la Gironde, dans le pays des Sanlones , à Saintes, Mediolanum Santonum;
La seconde, celle du Nord, conduisant dans la vallée du Rhin;
La troisième aboutissant à la Manche par le pays des Bellovaques» et des Ambiens, qui occupaient à peu près les vallées de la Seine-Inférieure et de la Somme; .
La quatrième, enfin, descendant la rive droite du Rhône de Lyon & Sainte-Colombe en face de Vienne, traversant le fleuve à Vienne, le longeant ensuite sur la rive gauche jusqu’à la Méditerranée et desservant la Narbonnaise et les villes marchandes du littoral (1).
Strabon en rapporte, un peu légèrement peut-être, l’honneur
twv ftoracfMôv xoti ôià ta syyv; cTvat, 7t&7i toî; pipeat. (Strab., Gèogr ., 1 . IV, c. cvi.)
(1) A tore; p xaî ’Arptiura; cvteOOsv xàç éÔoù; ers fie, rfjv îià twv Kepjiivwv èpûv pixP 1 lavtévcov xal tij; ’Axoviatavi'a;, xal r^v iiti tàv Pijvov, xal TpCrrjv èwl tôv ûxéacvov, t^v icpèç BeXXoâxotç xal ’Afiéiavoïç, tcTdprrj S’ é<mv txl n^v Napfovfrtv xal r^vMaaaaXuoTix^v icapaXtav. (Strab., Gèogr 1. IV, c. vi.)
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exclusif à Agrippa, gendre et favori d’Auguste; mais on sait aujourd’hui qu’elles existaient plusieurs années avant notre ère. Agrippa les trouva toutes tracées et déjà très fréquentées, lorsque vint exercer son commandement à Lyon; il se contenta de les rectifier et de les remanier suivant le type officiel adopté par l’administration romaine.
A ces quatre routes il convient d’en ajouter encore deux :
Celle dont nous avons parlé plus haut, et qui remontait la vallée du Rhône jusqu’à Genève;
Une dernière, enfin, tracée presque en ligne droite sur la rive gauche du Rhône, aboutissant à Vienne et constituant un raccourci de la route principale située sur la rive droite; on l’appelait pour cette raison le compendium (1).
Vienne, tout comme Lyon, était un centre de rayonnement. Six routes y aboutissaient : deux venaient des Alpes, deux de Lyon, une d’Arles, la dernière de l’Helvie.
Nous avons déjà décrit les cinq premières; nous ne dirons qu’un mot de la dernière, la route de l’Helvie. Bien qu’elle ne figure ni sur la Table de Peutinger ni sur aucun itinéraire, son existence ne saurait être mise en doute; et il est possible de la suivre assez exactement, grâce à quelques bornes milliaires encore en place sur son parcours. L’une de ces bornes existe à Ampuis, à 3 kilomètres de Vienne, et porte les noms des empereurs Maxime et Maximin; une autre est à Andance, au nom d’un des fils de Constantin; trois autres au petit village d’Arras, sur lesquelles on lit les noms d’Aurélien, de Dioclétien et de Licinius père. La route était tout entière sur la rive droite du Rhône; elle traversait la rivière du Doux près de Tournon, passait à Aps, Alba Helviorum , et de là se dirigeait sur les Pyrénées (2).
(i) La distance de Lyon À Vienne par la route de la rive droite du Rhône * était de 23 milles, celle par la rive gauche (en suivant le compendium) était de 16 milles.
i (2) A. Almer, Inscriptions antiques de Vienne en Dauphiné. Appendice aux inscriptions relatives aux empereurs. Routei parcourant le territoire de la colonie, t. I, 171-194. Paris, 1875.
Une autre borne existe à Tournon, et porte le nom de l’empereur Tacite; on pense qu’elle a été trouvée sur la rive gauche du Doux. Dans ce cas elle appartiendrait aussi à la route de l'Ilelvie.
Arles enfin, placée dans l’estuaire môme du fleuve, était, comme Vienne et comme Lyon, un véritable carrefour. Bâtie à la rencontre des voies Aurélienne et Domitienne, sur un plateau qui dominait de quelques mètres la plaine submersible, Arles est restée pendant plusieurs siècles le point de passage obligé de toutes les troupes, de tous les commerçants, de tous les fonctionnaires qui allaient d'Italie en Espagne.
C'était en même temps la tête de ligne de la principale route des Alpes, celle de la Durance et du Mont-Genèvre.
C'étaient encore le point de départ de la navigation du Rhône et l'origine de la grande route latérale au fleuve; celle qui desservait Avignon, Orange, Valence, Vienne, Lyon et Genève, longeait le lac Léman et allait porter la vie et le mouvement jusque dans les gorges profondes du Valais.
C'était enfin l’un des premiers ports de l’empire; car les étangs et le Rhône se mêlaient sous ses murs et formaient une vaste lagune dans laquelle se rendaient à la fois les navires du fleuve et les navires de mer; et l’excellence de cette situation, à la fois maritime et fluviale, l’avait fait désigner, en 418, par l’empereur Honorius pour être le lieu de réunion de rassemblée des sept provinces des Gaules (1).
Au point de vue de la viabilité et de la variété des moyens de transport, Arles présentait donc des avantages incomparables et que nulle autre ville des Gaules ne pouvait songer à lui disputer.
Tel était, dans ses lignes générales, l’ensemble du réseau des voies romaines de la vallée du Rhône. Mais nous ne connaissons
(1) Data XV cal. Matas Accepta Arel. X . Cal. Julia D. D. X. N. f Honorio XIT et Theodosio VII Augg. Coss. Date durescrit des empereurs Honorius et Théodose le Jeune adressé, en l v an 418, au préfet des Gaules, siégeant dans la vlUe d'Arles.
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qu’imparfaitement les petites mailles, en nombre infini de ce réseau dont les itinéraires, les bornes milliaires et les textes classiques nous ont donné seulement les linéaments principaux.
Nous savons seulement, par les témoignages de plusieurs auteurs de l’empire, que ce système de voies militaires, viæ rnili tares (1), était complété par toute une série de routes transversales de moindre importance, viæ vicinales , construites aussi à chaux et à sable, pavées et entretenues soit par les municipes, soit par les pagi et les vici qu’elles desservaient, soit enfin par les populations riveraines, et quelquefois subventionnées par l’Etat (2).
Enfin, de ces diverses routes vicinales , qui constituaient ce que nous appellerions aujourd’hui le réseau départemental et vicinal, se diffusait, comme les menues branches d’un arbre immense, un nombre considérable de chemins d’exploitation rurale, viæ agrariæ , qui n’étaient ni pavés ni entretenus régulièrement, et qu’on désignait pour cette raison sous le nom de chemins de terre, viæ lerrenæ (3).
C’est avec cet outillage de transport admirablement cooça et non moins bien administré par des fonctionnaires spéciaux appelés curaiores, quatuorviri viarum curandarum , duumviri ciis purgandis , etc. (4), qui correspondaient assez bien à notre corps des ponts et chaussées moderne, que Rome, après avoir conquis le monde par ses armes, le maintint solidement sous sa damnation et put en organiser l’exploitation à son profit de la manière la plus fructueuse et la plus méthodique.
Ce magnifique mécanisme fonctionna régulièrement pendant plusieurs siècles; il était si merveilleusement établi, tous les ressorts en étaient si bien agencés qu’il put continuer à se mouvoir
(1) On les a appelés successivement viæ contulares, viæ prœtoriœ, viæ mili tara, viæ regia, viæ regaùt, viæ tolemnes, viæ publieæ, aggeres pwblici, etc. (P. Bial, Cheminât habitations et oppida de la Gaule au tempe de Césesr, ap. cil.)
(2) Siculüs Fl accus. De conditianÿms agrorum.
J. Paulus Jurisc.» Recogt. Sentent.
Bbrgier, Histoire des grands chemina eh Cempire romain, op. eit., pats.
(3) Privatæ (viæ) tant quaa mprarias quidam diotmt. vias tervmnas (Ulpiàn., De via publie, et de üiner. publ . refieiend 1. II.)
(4) Les magistrdft nommés par l'empereur pour l»ëirçction et la swæittjBce
LES Y0IES ANTIQUES
et à rendre les plus grands services, môme après les premières invasions barbares et alors que l’empire s’effondrait de tous côtés, par le seul fait de la vigoureuse impulsion donnée, et malgré l’insuffisance et quelquefois même le défaut complet d’entretien.
Toutes les roules romaines étaient encore à peu près praticables du temps de Charlemagne; et c’est très certainement à l’aide de ces grandes voies militaires, précieux legs du vieil empire romain disparu, que le grand empereur de la nation franke put mener à bonne fin ses principales guerres à travers l’Europe occidentale. Son génie lui en faisait comprendre toute l’importance; et il conçut, lui aussi, de vastes projets de travaux publics; mais ces essais de restauration ne reçurent qu’un commencement d’exécution et ne tardèrent pas à s’abîmer dans l’anarchie féodale.
La grande route du Rhône, sur laquelle des nations entières avaient circulé librement pendant plusieurs siècles, fut alors, comme toutes les autres voies de communication, fragmentée en plusieurs tronçons à peine viables, sur lesquels la circulation devint de plus en plus pénible et où le commerce trouva de moins en moins de sécurité.
Tout était local, fiscal et oppressif au moyen âge. Loin de
des’travaux publics portaient, suivant la nature de leurs attributions, les noms et titres de :
Curaloret viarum.
— aloei Tiberis.
— cloacarum Urbis.
— Tiberis et riparum.
— aquarum.
— aquarum et munitores.
— operum publicorum.
— operum locorumque publieorum.
— œdium »acrarum.
— œdium tacrarum monumentorumque.
— publicorum tuendorum.
Prœfecli ou curaloret operum maximorutn.
— statuarum:
— horreorum et batnearum.
— operit thermarum.
etc. , etc.
(E. Maliay, Études sur VasUiquité, Varchitecture, les travaux publics, etc., op. cit .)
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favoriser la circulation, on s’ingéniait à trouver raille moyens pour l’entraver. Un barrait les passages, on détruisait les gués, on coupait les routes, on rançonnait les convois. Sans doute, il serait injuste de ne pas admirer tout ce que cette époque, intermédiaire entre la civilisation antique et la civilisation moderne, eut de religieux, d’héroïque et de chevaleresque; mais il est aussi impossible d’en méconnaître le caractère violent, brutal et destructeur de toute œuvre de progrès matériel. A ce point de vue, le système féodal fut un véritable retour à la barbarie; et il semble que son objectif ait été de détruire presque partout la magnifique ordonnance de l’héritage romain.
C’est de notre siècle seulement que date, en fait de viabilité, le retour dans la voie du progrès; et nous n’avons eu rien de mieux & faire que de reprendre les traditions romaines, en y apportant les perfectionnements et les améliorations de l’industrie moderne.
Toutes les routes qui longent aujourd’hui le Rhône, toutes celles qui remontent ses affluents et qui mènent de la vallée principale aux sommets des Alpes, sont les mêmes, dans leur direction générale, que les grandes voies militaires qui formaient en quelque sorte le premier réseau de l’empire et les chemins secondaires qui en constituaient le deuxième réseau.
L’histoire du fleuve et des routes qui y conduisent est ainsi intimement liée à celle de la civilisation dans le Sud-Est de la France. La vallée du Rhône e6t encore aujourd’hui ce que la nature l’a faite, ce qu’elle était déjà il y a trois mille ans, ce qu’elle est restée pendant plus de vingt siècles, ce qu’elle sera toujours : la grande voie commerciale et politique des peuples méditerranéens.
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