‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 4 sur 209 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

solaires, une évaporation active a lieu sans discontinuité sur toute la surface liquide, et principalement au-dessus des grandes mers voisines de l’équateur. Les couches brûlantes de l'atmosphère qui entourent la région tropicale deviennent ainsi le véhicule de toute l'eau vaporisée, l'entraînent dans son mouvement ascensionnel et la transportent avec elles dans les deux hémis phères, où elle ne tarde pas à se condenser en brouillards et en pluies dans les plaines, en neiges et en glaces sur les montagnes et dans les deux zones polaires. Celte condensation de l'eau de mer vaporisée est la cause unique de l'approvisionnement de tous les fleuves. C'est donc bien, comme on le voit, la mer qui est l’agent de cette alimentation, la véritable source où ils viennent tous puiser.

Or, il est constant que le niveau des mers ne varie pas d’une manière sensible à la surface de la terre. On doit donc en conclure que la quantité d’eau enlevée par la vaporisation sur l’ensemble des mers et des océans leur est intégralement rendue par les pluies et par l’apport des fleuves. « Tous les fleuves vont à la mer, a dit l’Ecclésiaste dans un magnifique langage, et la mer ne déborde point, et ils retournent aux lieux d’où ils sont sortis pour couler de nouveau (1). » L’évaporation est donc exactement égale à la précipitation; et il faut bien que cela soit ainsi; car si l’un des deux phénomènes — l’évaporation ou la précipitation — venait à l’emporter sur l’autre, on verrait inévitablement les mers abandonner leurs rivages et rétrograder vers le large, ou les eaux se gonfler, sortir de leurs lits, envahir toutes les régions littorales et remonter très haut dans les vallées.

Le Rhône, qui va devenir l’objet de notre étude, naît au cœur même .de la grande chaîne des Alpes, dans le massif du Saint-

(1) Ecclés., i, 7.

LE RHONE PRIMITIF

Gothard. Le puissant relief des Alpes est en quelque sorte l'épine dorsale de l'ancien monde.

C'est le plus robuste chaînon de cette ligne magistrale de faites, orientée du Sud-Ouest au Nord-Est, qui commence au Sud de l'Espagne, à la Sierra-Nevada, traverse toute l'Europfe, coupe à angle droit la chaîne de l’Oural, sépare la Sibérie de la Tartarie et de la Chine et va se perdre, dans l’extrême Asie, sur les rivages glacés de la mer de Behring.

Toutes les eaux qui tombent sur l’immense continent formé par la réunion de l’Europe et de l’Asie sont ainsi réparties sur deux grands versants : le premier incliné vers le Nord, le second vers le Sud. Les uns alimententTAtlantique et l’océan Glacial, les autres la mer Méditerranée et l’océan Indien.

Le milieu de cette longue chaîne est le massif des Alpes. Le centre des Alpes est, à son tour, le Saint-Gothard.

L’énorme massif du Saint-Gothard est le nœud de tout le système alpin et comme la clef de voûte d’un immense édifice de montagnes accumulées; c’est le véritable noyau de l'Europe centrale. Bien que sa hauteur soit notablement inférieure à celle des principaux sommets des Alpes, il les surpasse tous par sa masse, par son étendue, par le développement de ses plateaux, et forme une sorte d'immense toit sur les pentes duquel s’écoulent les eaux de fusion de ses neiges et de ses glaciers'.

Comme l’Himalaya pour l’Asie, le Saint-Gothard est l’accident dominateur de notre continent. On l’a appelé le « père des eaux » qui se répandent sur l'Europe occidentale. Le Rhône est un de ses plus beaux enfants.

La vallée du Rhône, d’abord encaissée dans le Valais et dans la traversée des contreforts méridionaux du Jura français, s’ouvre après le défilé que domine le fort de l’Ecluse, suspendu aux escarpements de la montagne du Credo.

Jusqu’à Lyon, le fleuve coule dans une large et fertile plaine, adossée d’un côté aux collines de la Bresse, s’étendant de l’autre jusqu’aux premiers mamelons des Alpes dauphinoises.

A Lyon, le fleuve rencontre la Saône, se retourne à angle

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