‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 53 sur 209 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Plus loin, un nouvel étranglement du fleuve resserre ses eaux gonflées de l'apport du Guiers, au pied du promontoire extrême du Jura. Le passage est difficile et mérite bien le nom de « Sault ». La pente est assez forte pour déterminer une série de « rapides » et de petites chutes qui sont une gêne sérieuse pour la navigation. C'est d’ailleurs la dernière cluse du Rhône en amont de Lyon. A partir du pont du « Sault », la vallée s’élargit graduellement; et bientôt le champ d'inondation s'étend sur plusieurs kilomètres de largeur entre le plateau des Dombes et les collines dauphinoises. La plaine est sillonnée de canaux; le fleuve s’étale et se ramifie en mailles innombrables; et il est impossible à première vue de distinguer, entre toutes ses branches, celle qui est conservée à la navigation, et tous les rameaux parasites si bien désignés sous le nom de « lônes » ou de « bras morts », où l’eau sans écoulement sensible semble dormir au milieu d’îlots de gravier et de prairies verdoyantes. Toute cette zone du fleuve a un aspect demi-fluvial, demi-lacustre; et la transition se fait par degrés insensibles du Rhône vif et navigable aux Rhônes morts et atterris, de l’îlot “3e gravier à la berge submersible, de la terre basse et à demi noyée à la plaine définitivement émergée. Au Sud des collines de Montluel, et jusqu’aux bas-fonds anciennement inondés de Morestel et de Bourgoin, dans toute cette riche plaine d'alluvions sillonnée aujourd’hui par la Bourbre, la Save, et les mille canaux qui en dérivent, le véritable lit du fleuve n'a pas moins de 5 à 0 kilomètres de largeur. Peu à peu, à mesure qu’on approche de Lyon, les mailles de ce filet liquide se soudent successivement les unes aux autres. Les eaux s’unissent en une seule branche qui ondule au pied de la colline de Saint-Clair et des escarpements de la Croix-Rousse. Contenu entre deux lignes de quais magnifiques, le fleuve est définitivement conquis et discipliné; et, après avoir traversé sur plus de 8 kilomètres de longueur toute la partie orientale de la ville de Lyon, il va se souder à la pointe de Perrache, à la Saône, constituant jusqu’à la mer, avec la grande rivière bourguignonne, l'une des principales artères de la France,

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