CHAPITRE CINQUIÈME
commence à être à peu près navigable à 160 kilomètres en amont de Lyon. Les grandes péniches, les tartanes, les bateaux à vapeur meme peuvent le remonter presque en tout temps jusqu’au Parc, à 2 lieues au-dessus de Seyssel. Cette navigation, à vrai dire, n’a qu’une assez faible importance. Le gros affluent de l’Ain, qui débouche sur la rive droite du Rhône, à une trentaine de kilomètres avant la traversée de Lyon, est seulement flottable; et son apport commercial se réduit à quelques troncs d’arbres descendant au fil de l’eau. Les mines d'asphalte de Pyrimont, quelques carrières dè pierre de taille, des bois de construction, tels sont les seuls éléments du trafic à la descente. A la remonte, rien ou presque rien.
Le mouvement des bateaux à vapeur ne prend une certaine activité que pendant les trois ou quatre mois de la belle saison. Le Rhône devient alors un véritable fleuve de plaisance. Le canal de Savière, qui serpente à fleur de terre au milieu de prairies et d’oseraies, et qui donne à la plaine marécageuse qu’il traverse une sorte d’air de paysage de Hollande, le met en communication avec le lac du Bourget; et sur les rives de cette belle nappe, qui rappelle les plus poétiques souvenirs du romantisme moderne, une foule aussi prosaïque que bigarrée d’excursionnistes et de baigneurs de tous les mondes se renouvelle, chaque année plus nombreuse, attirée moins peut-être par les charmes exquis d’une nature merveilleuse et les vertus souveraines d’eaux bienfaisantes, que par toutes les séductions et tous les raffinements d’une civilisation très avancée et d’un luxe de haut goût.
Celte navigation est d’ailleurs forcément restreinte par le manque de débouchés. Le poétique lac du Bourget ne peut fournir aucun élément sérieux de trafic et n’est guère fréquenté que pendant la saison des eaux par les touristes et les baigneurs. Ce n’est ni un centre de production, ni un centre de commerce, encore moins un lieu de transit. C’est un site délicieux pendant l’été, mais en tout temps un véritable cul-de-sac.
Le Rhône est, d’autre part, absolument fermé en amont par l’accident singulier qui met son lit à sec aux abords de Belle-
garde, au pied des flancs escarpés de la montagne du Credo. La « perte du Rhône » et les nombreux « rapides » qui existent d’une manière à peu près continue de Bellegarde au confluent de l’Arve, sont un obstacle insurmontable à toute navigation. Lyon et Genève, bien que situées sur le môme fleuve, ne communiquent que par des routes de terre.
Navigation intermittente et peu active entre Lyon, Seyssel el le lac du Bourget, navigation absolument nulle entre Seyssel et le lac Léman : tel est l’état actuel imposé par la configuration môme des lieux, et rien ne fait prévoir qu’elle puisse jamais ôtre modifiée.
Celte situation change brusquement à Lyon. L’apport de la Saône constitue tout d’abord une remarquable amélioration des conditions de navigabilité du Rhône.
La Saône prend sa source dans une région moyenne, dépourvue de glaces et de neiges éternelles. Les bois humides des Vosges qui entourent son bassin supérieur y provoquent des pluies d’automne et d’hiver de longue durée. A l’inverse du Rhône, elle présente son plus bas étiage en été, ses pleines eaux et ses crues pendant la saison froide.
Ainsi les deux cours d’eau se complètent et se suppléent mutuellement; et le Rhône, qui, jusqu’à Lyon, n’était qu’un torrent à navigation intermittente et seulement estivale, devient, grâce à son précieux affluent, une voie de communication permanente, sauf dans les circonstances accidentelles de brouiUards, de glaces, de basses eaux ou d’inondations.
L’importance politique, stratégique et surtout commerciale de Lyon est due tout entière à sa situation fluviale. La route de la mer lui est, en effet, ouverte par la descente du Rhône; celle de