CHAPITRE SIXIÈME
Vienne devint alors la petite capitale du premier et éphémère royaume de Bourgogne. Séparée de la grande nation qui l’avait élevée et qui était pour elle une vraie source de force et de vie, elle fut à la fois livrée aux invasions des barbares et à ces déplorables réactions iconoclastes qui ont presque partout marqué l’introduction officielle du christianisme. C’est de cette époque que date la destruction systématique et à peu près complète de ses monuments, de ses statues, de ses objets d’art. La ville à peu près ruinée, privée de son enceinte romaine, dut, pour essayer de sauver le peu qui lui restait, se construire une nouvelle ligne intérieure de remparts renfermant à peine le tiers de l’ancienne cité. La gloire de l’Eglise de Vienne qui fut, pendant plusieurs siècles, la grande métropolitaine et la primatiale reconnue de toutes les Gaules, ne put cependant la sauver d’une décadence rapide. De chute en chute, l’ancienne ville impériale en est arrivée à n’ètre plus aujourd’hui administrativement qu’une sous-préfecture de département et, en réalité, qu’un faubourg détaché de Lyon. Modeste escale de la navigation du Rhône, station de troisième ordre du chemin de fer de Lyon à la Méditerranée, la belle et opulente Vienne de Martial est à peine reconnaissable aujourd’hui. Ce n’est pas encore tout à fait une ville morte; mais c’est une ville frappée à mort et que rien ne peut plus relever.