‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 96 sur 209 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

fluent de la Durance, présente, sur près de 250 kilomètres de longueur, une succession de tableaux un peu uniformes peutêtre, mais d’une majesté de développement, d’une hardiesse de lignes, d’une harmonie de couleurs, d’une limpidité et d’un éclat de lumière qui défient toute description.

Jusqu’à Arles, le grand fleuve présente un seul alignement presque rectiligne, exactement orienté du Nord au Sud. A peine quelques coudes, quelques inflexions. Rapide, puissant, sonore, il coule à pleins bords, franchit sans arrêt sensible tous les défilés et tous les obstacles, allant droit devant lui, « taureau furieux descendu des Alpes et qui court à la mer (1). »

La section transversale de la vallée est, en général, une tranchée large et régulière bordée sur la rive droite par des montagnes abruptes, presque à pic; sur la rive gauche, par des collines plus adoucies, mieux cultivées, dernières ondulations de la grande chaîne des Alpes, dont les sommets blanchis se découpent au loin sur l’horizon. La largeur est presque uniforme, un kilomètre et demi environ. Le fleuve, qui mesure en pleines eaux 3 ou 400 mètres d’un bord à l’autre, zigzague de droite à gauche, battant le pied des falaises sauvages du Vivarais et de l’Ardèche, léchant les pentes de l’autre rive d’un relief beaucoup moins accentué. De distance en distance, les deux lignes de montagnes se rapprochent, et en plusieurs endroits, sur 3 ou 4 kilomètres de longueur, la route de terre et la voie ferrée sont entaillées en corniche des deux côtés de la vallée. Vienne est ainsi précédée d’un étranglement qui commence déjà à Givors. Tain et Tournon, qui se font face au devant de la célèbre colline de l’Hermitage, peuvent à peine se développer sur de petites berges étroites; et les maisons de leurs faubourgs sont obligées d’escalader les hauteurs qui les dominent. La plus longue, la mieux dessinée de ces cluses, qui rappellent celles du Rhône supérieur et du Valais, est la cluse de Donzère, qui est comme la porte d’entrée du Rhône dans la région méditerranéenne. C’est à partir

(1) Michelet, Hittoire de France.

DE LYON A AVIGNON

de là, en effet, que commencent à apparaître les premiers oliviers.

Immédiatement avant ou après ces cluses étroites, la vallée s’ouvre démesurément; et les plaines de Valence, de Montélimar, de Pierrelatte, d’Orange et d’Avignon, larges de 15 à 20 kilomètres, forment un contraste saisissant avec les passages rétrécis qui les précèdent ou les suivent. Mais ces étranglements et ces épanouissements, de même que les légères courbures du fleuve ne sont que des accidents isolés et exceptionnels; et, dans sa structure générale, la vallée se dessine comme un grand sillon régulier, sans déviation sensible, allant du Nord au Sud et présentant une largeur à peu près uniforme de 2 kilomètres.

Un nombre considérable d’affluents latéraux aboutissent au cours d’eau troncal, et quelques-uns ont une importance comparable à celle du fleuve lui-même. C’est, du reste, une des particularités du Rhône, depuis le glacier supérieur du Gothard jusqu’à la région maritime, de recevoir, de distance en distance, des affluents d’une puissance souvent égale à la sienne.

L’Isère, comme le Rhône, prend naissance sur les plateaux supérieurs des Alpes et dans la région des glaciers. Elle reçoit, en outre, sur sa route, deux torrents, le Drac et la Romanche, dont les débâcles sont d'une soudaineté et d’une violence terribles.

Puis viennent la Drôme, la Berre, le Roubion, le Lez, l’Ouvèze, l’Aigues, la Sorgues, pour ne citer que les principaux, qui n’ont pas un bassin aussi vaste à beaucoup près que l’Isère, ne possèdent pas un débit soutenu en été, comme celui des grands fleuves alpins, par la fusion des neiges, et présentent quelquefois pendant les sécheresses de grands lits pierreux, à peu près desséchés, analogues aux « craus » de la Provence; mais ils coulent sur des terrains arides, dénudés et dépourvus souvent de toute culture forestière; les orages y transforment très rapidement les moindres ruisseaux en torrents; les eaux s’écoulent alors avec une extrême rapidité; et les rivières, dont les débits sont insignifiants en temps normal, dépassent quelquefois, au moment

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