‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 11 sur 132 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

du prix des subsistances, lui laisse peu de choix à cet égard. La nourriture doit être d'autant plus abondante que le travail est plus fatigant et a lieu dans une atmosphère plus pure et plus froide. Un travail moins pénible, un air plus stagnant et plus chaud rendent moins exigeant sur la quantité de la nourriture, mais celle-ci doit dans ce cas, gagner en qualité ce qu'elle perd en volume ou en poids, car pour que le travailleur demeure maître de ses facultés, il ne faut point que sa digestion soit pénible ou troublée. De trop nombreux exemples prouvent la mauvaise influence que le trouble des fonctions digestives exerce sur l'état de nos facultés mentales en particulier.

11 est utile aussi de déconseiller aux ouvriers l'usage d'une nourriture trop uniforme, surtout quand celle-ci ne consiste pas en pain de froment. La variété dans l'alimentation, sans être poussée bien loin, exerce une influence favorable sur la santé et prévient les indispositions qui résultent fréquemment d'un changement forcé du régime alimentaire.

Il y a beaucoup plus à dire sous le rapport hygiénique, des boissons que des aliments, car pour les premières, il faut considérer, non seulement l'usage que l'on en fait, mais aussi l'abus que l'on est trop souvent disposé à en faire. Il est singulier que l'expérience n'ait pas éclairé plus de personnes à cet égard, et que l'on trouve encore si profondément enraciné dans les masses, éclairées ou non, ce préjugé qui consiste à croire que les boissons toniques en général, et les liqueurs alcooliques en particu-

lier , sont fortifiantes , parce que l'on prend pour de la force, la surexcitation qu'elles causent pendant» quelques instants, sans s'apercevoir jamais que cette excitation est immédiatement suivie d'une prostration équivalente et même supérieure, qui, dans la , plupart des cas, force à faire un nouvel usage de l'excitant, en le prenant chaque fois, à une dose plus élevée ; ce qui perpétue l'abus et le fait dégénérer en une pernicieuse et souvent irrémédiable habitude.

Le préjugé que les boissons excitantes donnent de la force est soigneusement entretenu et propagé par les producteurs et les débitants de ces boissons, qui exploitent habilement son apparente vérité ; quoique sachant bien qu'entre l'usage et l'abus il n'y a qu'un intervalle imperceptible et que Ton franchit sans s'en apercevoir, puisqu'au point de vue moral comme au point de vue physique, ces boissons engendrent la soif au lieu de l'apaiser.

L'ouvrier qui veut noyer dans l'ivresse ses chagrins présents ou son souci de l'avenir, réussit sans peine à s'étourdir pendant quelques heures, mais après, sa disposition à se chagriner est augmentée par l'état de prostration où l'a laissé son ivresse de la veille, par les reproches de sa conscience et parce que sa situation s'est empirée du temps perdu et de l'argent dépensé au cabaret. Il lui faudrait donc une énergie surhumaine pour résister à une nouvelle tentation du remède prétendu, dont l'effet certain va toujours croissant.

L'auteur, l'artiste, le poète, trouvent leurs inspirations dans le thé, le café, l'alcool, l'opium ou le

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