‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 12 sur 132 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

hatchich; mais s'ils s'abandonnent à cette facilité factice, bientôt leur imagination fatiguée ne leur vient plus en aide naturellement, et de nouvelles doses d'excitants, de plus en plus fréquentes et fortes, sont nécessaires pour la réveiller, jusqu'à ce que rien ne puisse plus la tirer de sa somnolence qui engendre l'imbécillité ou la mort.

Les remèdes à l'habitude d'abuser des excitants sont difficiles à trouver et à appliquer, il en est peu d'efficaces hors de la volonté énergique du malade de se soustraire à sa funeste habitude. Mais il est des remèdes préventifs, parmi lesquels nous croyons devoir citer l'usage habituel et modéré des boissons faiblement alcooliques, principalement pendant les repas.

En effet, on remarque une moindre tendance aux excès de boisson quand on peut consommer habituellement du vin ou de la bière chez soi que lorsque l'on doit se priver de cette jouissance, et que le désir en est plus excité par cette privation même.

On peut encore faire cette observation, que les ivrognes sont rares dans les pays vinicoles où chaque habitant a une pièce de vin dans sa cave, tandis qu'ils sont plus fréquents là où ce liquide étant plus cher, on ne le consomme qu'à la taverne. Les impôts excessifs, frappés sur les boissons alcooliques qui peuvent être l'objet d'une consommation habituelle et ménagère, ne sont donc pas justifiés par un but de philanthropie et de moralité. Triste moyen de moralisation, d'ailleurs, que celui de mettre le vice hors de portée de la bourse de celui qui voudrait s'y

livrer. Un tel moyen ne devrait être tenté que quand tous les autres, plus conformes à la dignité humaine seraient demeurés impuissants.

Le petit verre de liqueur alcoolique pris le matin à jeun, la forte dose de cette liqueur bue par les grands froids « pour se réchauffer, » de grandes razades d'eau froide, avalées pendant l'été « pour se rafraîchir, » l'infusion alcoolique de plantes amères que l'on boit avant le repas « pour se donner de l'appétit» sont autant d'usages antihygiéniques contre lesquels on ne saurait trop se prémunir, car il n'en est aucun qui ne soit très nuisible à la santé et tous produisent, soit immédiatement, - soit par la suite, des effets diamétralement opposés à ceux que l'on en attend.

Les ouvrières devraient proscrire aussi l'usage immodéré du café; dont le moindre inconvénient est d'affaiblir les organes de la digestion par la grande quantité d'eau chaude ou tiède que l'on y introduit, sans compter l'influence propre du café sur des personnes livrées à un travail sédentaire dans un air peu renouvelé.

Plusieurs médecins expérimentés attribuent en grande partie à cet abus du café la fréquence des maladies de poitrine chez les jeunes ouvrières de Paris.

Aucune mesure isolée, préventive ou répressive, imposée ou volontaire, ne peut constituer un remède efficace contre l'abus des boissons fortes; ni les impôts excessifs frappant la consommation de ces boissons, ni les restrictions légales apportées à leur

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