CHAPITRE XV
plus d'ardeur, de force et d'intelligence qu'il le fait ordinairement aujourd'hui ; comment peut-on craindre alors que la propriété acquise à la classe ouvrière fasse diminuer l'offre du travail?
Il n'arrivera que bien rarement qu'un ouvrier parvienne à accroître sa propriété de telle façon que ses enfants soient dispensés de tout travail pour vivre et pour maintenir leur aisance; la diminution de l'offre du travail qui résultera de la réalisation d'un fait si rare ne peut exercer d'influence sensible sur le prix de la denrée-travail ni nuire par conséquent à ceux qui sont obligés de l'acheter. D'un autre côté, la possibilité d'arriver à une telle prospérité par son labeur ne sera-t-elle pas pour la classe ouvrière un énergique stimulant à bien travailler, c'est à dire une circonstance influant d'une manière favorable au demandeur, sur l'offre du travail, en qualité et en quantité?
Il est bon de remarquer, d'ailleurs, que quand un père de famille s'est enrichi par son intelligence, son activité et sa prévoyance, il est assez rare qu'il lègue ces qualités à ses enfants avec sa fortune ; ceux-ci , élevés à l'abri du besoin, ce vigoureux stimulant des facultés qui font réussir, ne développent souvent pas même ces qualités au point nécessaire pour conserver la fortune acquise ou pour la maintenir au niveau de l'accroissement des eo-partageants, qui sont alors bientôt obligés d'avoir recours au travail pour vivre et de rentrer dans la classe des ouvriers d'où leur famille était momentanément sortie.
Si l'on observait bien ce qui se passe dans une
société où n'existe ni privilège ni monopole artificiel , on verrait qu'il est peu de familles dans lesquelles de grandes richesses se maintiennent pendant plusieurs générations, par suite de cette loi naturelle bien simple, quoiqu'aussi sublime que celle qui maintient l'équilibre des fluides à la surface du globe, que le besoin stimule l'activité, tandis que la satiété l'endort.
11 nous semble que la conclusion qui ressort à l'évidence de ce chapitre est la suivante :
L'espoir fondé d'atteindre à la propriété étant le stimulant à la fois le plus énergique et le plus nécessaire du travail de l'ouvrier, il est de l'intérêt du patron, autant que de celui du travailleur lui-même, que l'accès à la propriété soit rendu possible et même facile à ce dernier \