INFLUENCE DES INSTITUTIONS POLITIQUES
Quand les économistes, dans leurs savants traités, font l'énumération des recettes et dépenses de l'ouvrier et dressent en quelque sorte son budget, on n'y voit jamais figurer, au chapitre des consommations, la sécurité ou la garantie de la liberté de l'homme et de son droit à la propriété du fruit de ses œu\res , ni au chapitre de ses dépenses ce qu'il paye pour obtenir cette sécurité ou l'impôt.
C'est qu'en effet cette denrée de première nécessité lui importe d'ordinaire si peu, qu'il en use sans s'en apercevoir et sans marchander la quantité, la qualité et surtout le prix, car la plupart des gouvernements ont l'habileté de lui laisser ignorer ce prix qu'il paye sans s'en apercevoir, en achetant d'autres denrées plus tangibles. Le seul impôt direct qu'il soit tenu d'acquitter avec une inflexible rigueur, c'est celui qu'il a si énergiquement baptisé du nom d'impôt du sang : la conscription.
Cependant si la somme des satisfactions collectives que lui procure l'État et que nous désignons toutes ensemble sous le nom de sécurité, ne figure pas en recettes sur le budget de l'ouvrier, ni l'impôt en dépense, ces choses n'en affectent pas moins, d'une manière très notable, son salaire et son bienêtre.
Si les impôts sont lourds et si , comme cela arrive d'ordinaire pour les plus fortes contributions, ce sont les classes peu aisées qui en supportent la plus grande part, ils équivalent à un enchérissement général dans les objets de la consommation du travailleur. Le salaire, au bout d'un certain temps, comme nous l'avons démontré plus haut, s'élèverait en conséquence, mais sans nul profit pour l'ouvrier et en produisant un appauvrissement général par la cherté du prix du travail, dont il souffre comme tout le monde.
La conscription surtout est pour lui un fardeau pesant, parce que, dans la plupart des États de l'Europe , l'appareil militaire est développé bien au delà de ce qui est strictement nécessaire pour le maintien de la paix. Il y a même plus, la seule existence de cet appareil exagéré, au lieu d'être une garantie pour la paix, devient une cause incessante de perturbation, car les grandes armées permanentes isolent, dans chaque nation, une classe nombreuse d'hommes dont l'intérêt est incompatible avec le maintien d'une paix perpétuelle et facilite les projets ambitieux des gouvernements qui, pour être plus forts, ont besoin de s'appuyer sur une grande armée et de détourner