CHAPITRE XVI
constamment l'attention du peuple de l'administration intérieure du pays.
Il en résulte que chaque année un nombre considérable d'hommes sont enlevés à de paisibles travaux pour faire le métier de soldat. C'est là , dirat-on, une cause de diminution de l'offre du travail et par conséquent de hausse de salaires, mais ceci est une erreur, car les salaires ne haussent que quand l'offre du travail diminuant, le capital qui doit le rémunérer reste le même. Or, ici il est diminué au moins dans la même proportion par les dépenses que nécessitent l'entretien des troupes, leur armement et la construction des dispendieux appareils de guerre qui leur servent d'instruments. En somme, il y a perte pour l'ouvrier, car sa paye comme soldat n'étant pas le résultat d'un libre débat entre lui et l'État qui achète ses services, est ordinairement inférieure de beaucoup à ce qu'il pourrait gagner en exerçant toute autre profession. De plus, pendant qu'il est sous les armes, en oubliant son ancien métier, en perdant ses habitudes laborieuses, il anéantit une partie du capital dépensé pour son apprentissage, et pour regagner le reste et le léguer à ses enfants comme il l'a reçu de ses pères, il ne lui demeure plus qu'un moindre nombre d'années, les meilleures ayant été dépensées au service improductif de l'État. Il y a donc, par le fait de la conscription , une déperdition notable du capital consacré à l'apprentissage des classes laborieuses, capital qui fait une si grande partie de leur force productive; il y a donc encore là perte des moyens de production
dans la société sans amoindrissement de ses besoins, et par suite, nouvelle cause d'appauvrissement.
II. est bien vrai que la défense de l'État, quel que soit le moyen employé pour la réaliser, constitue une dépense improductive et par conséquent une perte, mais cette perte est compensée par la sécurité elle-même lorsque celle-ci a été obtenue ajuste prix; il n'en est plus ainsi, et il y a par conséquent appauvrissement, quand cette sécurité est achetée trop cher et quand les moyens employés pour l'obtenir sont précisément ceux qui la mettent en péril.
En résumé donc, les gros impôts, principalement ceux qui pèsent sur les classes laborieuses, et la conscription sont des causes qui tendent à élever le taux du salaire, tout en diminuant la quantité et la qualité du travail obtenu en échange ; de là, enchérissement général de tous les produits du travail, appauvrissement de la société, et en particulier diminution du bien-être de l'ouvrier, frappé encore une fois en sa double qualité de producteur et de consommateur.
ïl importe donc non seulement à la classe ouvrière, mais à toute la société, d'obtenir la sécurité au moindre prix possible et de faire porter la charge des dépenses qu'elle occasionne, d'une manière équitable sur tous les citoyens, sur chacun en proportion de ce qu'il produit.
Cet idéal est loin d'être atteint chez la plupart des nations ; l'ouvrier, qui ne prend presque jamais une part active à la discussion des lois de son pays, ne peut pas lui-même remédier à cet état de choses; il