‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 115 sur 132 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

les particuliers s'acquitteraient mieux et à meilleur marché. Ainsi au lieu de s'appliquer à réformer les impôts, ce qui est à peu près impossible aujourd'hui, sans créer des abus au moins équivalents à ceux que l'on veut détruire, il faut avant tout songer à diminuer les dépenses auxquelles les impôts sont destinés à pourvoir. La tendance contraire existant depuis longtemps parmi la population et ayant gagné même des esprits très éclairés sous d'autres rapports, il n'est pas permis d'espérer que les salaires se ressentiront d'ici à un grand nombre d'années de l'influence bienfaisante que pourrait exercer sur eux un perfectionnement général des systèmes politiques qui régissent l'Europe.

* En général les ouvriers se montrent très indifférents au progrès, lents et faibles mais continus, qui, opérés dans l'opinion publique, d'abord, s'accomplissent ensuite dans la société en se formulant en lois ou en devenant des coutumes, qui élargissent un peu le cercle des libertés dont la classe ouvrière est appelée à jouir, ou garantissent un peu mieux son droit à la jouissance et à la disposition des produits de son travail.

C'est là, selon nous, un très grand tort, car il est impossible de méconnaître aujourd'hui la puissante influence qu'exerce l'opinion publique sur les actes des gouvernements, même le plus despotiques, et la large part qu'elle prend à l'accomplissement du progrès.

Or, les ouvriers font une partie importante du public, et leur opinion, sagement mûrie par la discus-

sion et manifestée avec calme et dignité, ne peut manquer d'exercer de l'influence sur celle du public en général et par suite, sur le progrès lui-même. Nous croyons devoir attribuer à ces deux causes cette fâcheuse apathie et cette espèce de dédain que montrent les ouvriers pour les progrès sociaux, qui tendent à accroître leur bien-être, d'une manière lente, à peine sensible, mais cependant sûre et durable. C'est d'abord l'esprit de paresse morale ou d'inertie commun à la grande majorité des hommes, qui fait qu'ils s'habituent à ce qui existe et finissent par s'en contenter sans se donner la peine de chercher s'il ne serait pas possible d'être mieux, ni surtout d'essayer la réalisation de ce mieux, que les apathiques qualifient « d'ennemi du bien, » comme si ce « bien » était quelque chose d'absolu, compris entre des limites infranchissables.

Ensuite beaucoup d'ouvriers (surtout parmi ceux qui vont achever leur apprentissage à Paris ou dans d'autres grandes villes de France) s'imaginent, d'après les prédications de certains socialistes, que le bien-être de leur classe ne peut se réaliser qu'à la suite d'une rénovation sociale mettant fin, par une révolution violente à la division de la société en deux classes antagonistes, les propriétaires et les prolétaires, c'est à dire les spoliateurs et les spoliés; à la tyrannie du capital, etc., par l'abolition de la propriété individuelle, par l'organisation harmonique du travail et par d'autres prétendues panacées, tout aussi merveilleuses contre la misère et le paupérisme, qui permettraient désormais à l'ouvrier d'être

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