CHAPITRE XVIII
stante sollicitude des patrons dans leur propre intérêt. Les principaux moyens d'y parvenir sont ceux que nous avons indiqués dans le courant de ce travail et qui peuvent se résumer ainsi :
Faciliter à l'ouvrier l'acquisition de bonnes habitudes morales et le développement intellectuel par l'instruction, en mettant à sa portée les connaissances utiles et en perfectionnant l'éducation des hommes et des femmes adultes, afin qu'à leur tour ils puissent coopérer efficacement à celle de leurs enfants;
Faire en sorte que l'ouvrier puisse toujours se procurer au plus bas prix possible toutes les choses nécessaires à la satisfaction de ses besoins, en veillant à ce que nulle entrave ne soit opposée à l'échange de travail contre travail ou de marchandise contre marchandise;
Laisser se développer librement le génie des inventions, la création de machines nouvelles et de procédés nouveaux, afin que, sans diminuer le travail et sa rémunération, une plus grande somme d'utilité gratuite et par conséquent de bien-être soit mise à la disposition du genre humain;
Faciliter la division du travail en veillant toutefois à ce qu'elle ne puisse pas nuire à l'hygiène de la classe ouvrière, afin de tirer un meilleur parti des facultés humaines et de développer l'échange par lequel les dons naturels se distribuent plus abondamment et plus également entre tous;
Substituer graduellement les causes qui tendent à prévenir la misère, telles que l'enseignement, l'association, l'assurance et la possibilité d'acquérir la pro-
priété, aux causes qui tendent à l'engendrer ou à la perpétuer, telles que l'ignorance, l'inconduite, la charité publique et la charité privée mal entendues ;
Enfin, organiser les institutions politiques de telle manière qu'elles offrent aux citoyens le plus de sécurité possible au moindre prix.
L'égoïsme aveugle et sordide, la vieille routine, crient au patron :
« Maintiens l'ouvrier dans l'ignorance et dans la misère, réjouis-toi de son imprévoyance, de son inconduite, de ses vices et de ses malheurs, c'est ainsi que tu le tiendras sous ta dépendance et que tu auras le travail à bon marché. »
D'un autre côté, le socialisme, réveillant les mauvaises passions de l'ouvrier, lui crie :
« Haine au patron qui se dit ton maître, qui t'opprime et absorbe tout le produit de ton labeur ; haine au capital qui te tyrannise, haine aux machines qui t'enlèvent ton travail, haine à la propriété qui rend le riche chaque jour plus riche, le pauvre chaque jour plus pauvre; trahis le patron, ruine le capital, brise les machines, brûle les ateliers du travail divisé, pille, saccage les*propriétés, et tu seras libre ! »
Notre conclusion, entièrement conforme à la morale, logiquement déduite des principes de la science, telle qu'elle est aujourd'hui admise par tous les économistes, notre conclusion dit au patron :
« Aime tes ouvriers, éloigne d'eux avec soin les causes de la misère, veille sur leur éducation, développe en eux la moralité et la dignité, par le précepte, l'exemple, et ton bien-être sera la conséquence du