CONCLUSION
Si nous avons réussi à exposer nos idées, il doit résulter clairement de ce qui précède que le bien-être de la société est intimement lié à celui de la classe ouvrière. Ce n'est donc pas seulement par philanthropie que les hommes éclairés doivent combiner leurs efforts pour éloigner la misère du travailleur et pour relever sa dignité, mais bien par nécessité et dans l'intérêt de la société entière. Nous avons essayé de démontrer, et nous croyons y avoir réussi, que le travail utile s'obtient à un prix d'autant plus bas que l'ouvrier a mis à l'accomplir une plus forte proportion d'efforts moraux et intellectuels, ce qu'il ne peut faire que pour autant qu'un salaire élevé lui permette de développer les facultés à l'aide desquelles il accomplit ces efforts. Le salaire élevé, à part les exceptions que nous avons indiquées, correspond donc à du travail à bas prix ou à une plus grande somme de satisfactions réalisées dans la société, en
échange d'une même somme d'efforts. Il résulte de là que la société entière est intéressée au bien-être de l'ouvrier, et que cet antagonisme que l'on suppose exister entre les intérêts des classes laborieuses et ceux des classes qui possèdent les instruments du travail, n'est qu'un détestable préjugé dont les conséquences sont misère et souffrance pour le plus grand nombre, diminution du bien-être général et dangers pour la société, résultant d'une lutte permanente entre les deux éléments de la production qui croient avoir intérêt à s'amoindrir ou à se paralyser au moins partiellement. Le bien-être général, en effet, ne peut résulter que de leur bonne harmonie et de la combinaison de leurs efforts, non pour se nuire, mais pour s'entr'aider.
La société sera appelée à jouir d'une dose de bienêtre inconnue et presque inespérée jusqu'ici, le jour où les ouvriers comprendront qu'il est de leur intérêt que les capitaux se multiplient, puisque l'accroissement du capital implique l'augmentation de la demande du travail ; le jour où ils comprendront qu'au lieu de jurer haine au capital, ils doivent aider fraternellement le propriétaire à l'acquérir ou à l'accroître, dussent-ils ne jamais le posséder eux-mêmes; le jour où les capitalistes et les patrons comprendront que leur intérêt est attaché à la multiplication des sources du travail et que les ouvriers ne peuvent devenir nombreux, honnêtes, intelligents et forts, que quand ils sont bien payés.
Augmenter le bien-être, la moralité et l'intelligence chez les ouvriers, tel doit donc être l'objet de la con-