‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 15 sur 132 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'eau froide, suivies d'exercices corporels proportionnés à ses forces, ont favorisé ce développement. La marche et la course à l'air libre, tous les exercices gymnastiques, un travail corporel modéré et progressif, l'habitude d'endurer les températures extrêmes sans de grandes précautions, tout cela peut développer à un assez haut degré les forces musculaires de l'enfant et du jeune homme, et en faire un ouvrier robuste. Mais pour que celui-ci conserve sa force le plus longtemps possible, deux conditions sont requises : une alimentation convenable et un repos suffisant.

L'homme qui vit sédentaire et sans accomplir de grands efforts, dans un lieu fermé où l'air ne se renouvelle que lentement, n'a besoin que d'une assez faible quantité de nourriture pour le maintien de son existence, et ordinairement son choix se portera plutôt sur des aliments féculents que sur ceux qui, à volume égal, renferment une plus grande quantité de substance nutritive.

Il en est bien autrement dès que cet homme s'agite et se donne du mouvement dans un air sec, pur et vif. Sa respiration est alors activée, le sang circule plus rapidement, il s'évapore par les poumons et par la peau, le poids du corps éprouve une diminution sensible au bout de quelques heures et l'on peut affirmer positivement que les muscles s'usent par le travail.

Cet état de choses, l'usure des muscles et l'évaporation du sang se traduisent par la fatigue, la faim, la soif et le sommeil. Ces besoins doivent être

satisfaits à de certains intervalles, autrement il en résulte une déperdition de forces, la maladie et finalement la mort, si les efforts se prolongent sans que les besoins qu'ils font naître soient satisfaits. Le repos, dont une partie doit être consacrée au sommeil a besoin de durer au moins aussi longtemps que les efforts qui ont occasionné la fatigue, et même beaucoup plus longtemps si celle-ci a été grande. Il résulte de là que le maximum de travail qu'un homme puisse fournir par jour, d'une manière continue, ne peut excéder douze heures, et doit rester d'autant plus au dessous de cette limite, que ce travail exige un déploiement, plus grand et plus continu d'efforts musculaires. Chaque fois que l'ouvrier est obligé de travailler au delà de ce terme, ses forces et sa santé s'épuisent plus ou moins rapidement, à moins qu'il ne s'arrange de façon à ralentir sensiblement son travail ou à en diminuer l'intensité. C'est là ce qui arrive bientôt pour tous les ouvriers, et dans la crainte de dépasser la limite et de nuire ainsi à leur santé et à la conservation de leurs forces, ils restent généralement bien au dessous; ce qui est prouvé par ce fait péremptoire que, dans beaucoup d'ateliers, on a trouvé de l'avantage à fixer la journée de travail à dix heures au lieu de douze, malgré la perte d'intérêt qui en résulte pour le capital mis en œuvre par ce travail. En Angleterre, dans certaines industries, le travail qui, pendant quelque temps, avait été poussé à quatorze heures par jour a été réduit à cinquante et une heures par semaine ou à huit heures et demie par jour en moyenne, en

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