CHAPITRE II
comprenant le chômage du samedi après deux heures du soir, et l'on a trouvé qu'à cette limite correspondait le maximum de travail. D'autres expériences ont donné le nombre de dix heures comme correspondant à ce maximum qui dépend d'ailleurs de la nature du travail à exécuter.
La nourriture doit s'accroître et devenir plus substantielle h mesure que le travail augmente, surtout s'il s'accomplit en plein air et si la température n'est pas très élevée. Tous les officiers ont observé que le soldat, qui, en garnison, se contente facilement d'une ration de pain de froment non bluté, de quelques légumes et d'un peu de viande bouillie, trouve cette ration insuffisante dès qu'il entre en campagne; il ne peut alors marcher qu'à petites journées, et beaucoup d'hommes tombent malades ou épuisés de fatigue; il supporte au contraire des marches plus fortes et des fatigues plus grandes dès qu'il est soumis au régime plus substantiel d'une forte ration de biscuit blanc et de viande rôtie. Ce qui est vrai pour le soldat doit être vrai aussi pour l'ouvrier, et cependant on n'est pas encore généralement convaincu, de ce que, dans certaines limites, au moins, le travail dont il est capable se proportionne à la quantité et à la qualité de la nourriture qu'il consomme dans un temps donné. L'ouvrier lui-même ne sait pas bien à quoi s'en tenir à cet égard et quand ses forces sont épuisées il a plus de confiance dans l'efficacité d'un verre de bière, de vin ou d'eau-de-vie pour les renouveler que dans une tranche de bœuf grillé ! car il confond généralement l'effet momentané mais
immédiat du stimulant avec l'effet plus lent mais durable du fortifiant, et il ne s'aperçoit pas de ce que le premier est bientôt suivi d'une lassitude plus grande, tandis que le second n'amène pas ce résultat.
Il a fallu des expériences comparatives nombreuses et bien établies pour convaincre les maîtres et les ouvriers de la vérité de ce que nous venons d'exposer. Il y a quelques années, le développement rapide pris par nos usines métallurgiques et nos voies ferrées attira en Belgique des entrepreneurs anglais qui se firent suivre par des ouvriers de leur pays, auxquels ils payaient des salaires beaucoup plus élevés que ceux de nos ouvriers wallons ou flamands. Malgré cette différence considérable du prix de la journée, augmentée encore par les frais de voyage et de séjour des ouvriers anglais, le travail de ceux-ci coûtait moins cher, parce qu'il avançait plus rapidement. -
On crut d'abord, assez généralement, que cette différence tenait à une supériorité native de la race anglaise sur la race belge; cependant beaucoup de nos ouvriers protestèrent contre cette supposition humiliante pour eux, et affirmèrent que s'ils étaient nourris comme les Anglais, ils accompliraient le même travail. Alors des expériences comparatives furent tentées dont les entrepreneurs consentirent à faire les frais, et l'on vit que des terrassiers, par exemple, qui, mal nourris, avaient de la peine à gagner fr. 0, 90 à fr. 1 par jour en travaillant à la tâche, obtenaient fr. 3, 00 à fr. 3, 50 après avoir été