CHAPITRE II
perte et y substituer même un soin vigilant de ses intérêts.
C'est donc par milliers de francs que l'on peut compter, dans une grande manufacture, le dommage occasionné au patron par le mauvais vouloir de ses ouvriers, et cette somme dépensée annuellement en pure perte, exerce une influence sensible sur les frais de fabrication des produits, tandis que la négligence, souvent visible, avec laquelle ils ont été achevés, agit en sens inverse sur leurs prix de vente, et place le fabricant dans une condition d'infériorité envers ses concurrents. La perte qui en résulte pour lui, dépasse ordinairement de beaucoup ce qu'il économise sur un salaire convenable accordé à ses ouvriers et sur ce qu'il lui en coûterait moralement et matériellement, à être juste, bon et poli envers eux. Traiter mal les ouvriers, c'est donc pour le patron, non seulement une mauvaise action, mais encore plus un mauvais calcul. Le traiter bien, c'est l'encourager à joindre, à son travail physique, la plus grande somme possible de travail moral et intellectuel, ce qui tourne toujours au profit du maître, ainsi que nous le démontrerons au chapitre III.
Certes, en vertu de l'admirable loi de solidarité qui régit tous les membres de la société humaine par l'échange, la perte que l'ouvrier occasionne au patron par sa malveillance, retombe en partie sur lui-même comme consommateur, puisqu'il en résulte des produits plus chers et de moindre qualité , mais cette perte, qu'il subit d'ailleurs sans qu'il s'en aper-
çoive, n'est que peu de chose par rapport à celle qu'il inflige à son patron, et ne suffit pas à le retenir de lui en causer le dommage.
En résumé, on voit, par ce qui précède, que l'ouvrier fournit un maximum de travail et se rend le plus utile à son patron et à lui-même quand ce travail s'accomplit dans de bonnes conditions de santé, de force et de contentement. Que la santé de l'ouvrier dépend de la salubrité de son habitation et de son atelier de travail, de ses bonnes habitudes hygiéniques et de sa tempérance; que le maître peut influer sur ces conditions par la bonne disposition qu'il adopte pour les logements et les ateliers et par les conseils qu'il donne à ses subordonnés sur le régime hygiénique qui leur convient le mieux. Que la force de l'ouvrier, qui est le résultat de sa constitution et de son éducation physique, se conserve et s'entretient par un travail modéré entremêlé d'intervalles de repos suffisamment prolongés, circonstances qui dépendent du maître, et par une nourriture proportionnée en quantité et en qualité, au travail à exécuter, cette condition dépend à la fois du maître et de l'ouvrier car l'un doit donner un salaire suffisant pour payer cette nourriture, tandis que l'autre doit fournir un travail proportionné à ce salaire et consacrer celui-ci à l'usage auquel il est destiné.
Que le contentement de l'ouvrier est le principal ressort qui anime son travail, et que le maître qui néglige cette considération, qui traite son ouvrier en brute ou en machine et ne fait pas naître en lui un motif quelconque d'émulation, n'obtient de cet