CHAPITRE II
heures, après la fin de sa tâche, que par le besoin d'un repos suffisant, ou plutôt ce contentement est un repos moral qui est l'indispensable complément du délassement physique.
Ce n'est pas seulement le désir du lucre personnel (quoique celui-ci n'ait rien de blâmable en soi) qui attache l'ouvrier à son travail et le lui fait trouver léger; l'idée d'être libre quand sa tâche sera finie lui fait prendre le temps en patience lorsqu'il n'est pas maître de l'abréger, mais il en entreprendra volontiers une nouvelle, où il redoublera d'efforts pour accroître la sienne, si le bien-être de la.famille est en jeu. L'ouvrier marié et qui a des enfants est plus assidu et plus actif au travail que le célibataire, et celui qui a déjà amassé un petit pécule pour ses enfants et qui voit s'approcher le but auquel il désire atteindre : l'acquisition d'une propriété qu'il pourra leur léguer, celui-là travaille avec plus d'ardeur qu'aucun autre. Il est aussi des ouvriers qui se dévouent à travailler pour quelque parent malade ou infirme, pour les orphelins d'un ami, ou dans quelque autre but de charité ou d'abnégation, dont on trouverait sans doute plus d'exemples à citer dans la classe des ouvriers que chez ceux qui ont été mieux doués par la fortune. Les annales des houillères du Hainaut, et du pays de Liège , par exemple, contiennent de nombreux témoignages de l'admirable dévouement avec lequel les ouvriers mineurs bravent le danger et la fatigue pour aller au secours de leurs camarades mis en péril par un éboulement, une inondation ou une explosion de grisou.
L'ouvrier dont le salaire est insuffisant, dont le patron est hautain, dur et injuste, s'en venge à la façon de l'esclave, par de petites méchancetés, par une négligence calculée, par une résistance d'inertie opposée à tout progrès, et tous ces riens ou ces presque riens, qui, répétés chaque jour et par chaque ouvrier, finissent par causer, au bout de l'année, un dommage considérable au patron. En vain celui-ci cherche-t-il à se soustraire à ce dommage par une surveillance active , elle ne peut rien contre la malveillance occulte et incessante de l'ouvrier, qui ne se traduit pas ordinairement par des actes, mais plutôt par des abstentions. D'ailleurs, cette surveillance elle-même, quoique peu efficace, est coûteuse, qu'elle soit exercée par le patron en personne, aux dépens du temps qu'il consacreraità d'autres occupations, ou par des agents payés par lui, et malgré cela, moins intéressés à être vigilants.
Gaspillage des matières premières employées ; maniement brutal et inintelligent des machines, des outils et des appareils ; négligence à signaler des réparations urgentes et dont le retard décuple les frais ; défaut de soin et de propreté dans l'achèvement des produits; inaction ou lenteur extrême dès que la surveillance se relâche; dégâts causés par un feint oubli des précautions usuelles, ou même à dessein, chaque fois que le coupable est certain de demeurer inconnu, tels sont les faits par lesquels se traduit d'ordinaire la mésintelligence entre le maître et l'ouvrier, tandis que quand celui-ci porte de l'affection à son patron, il peut lui éviter ces causes de