CHAPITRE III
nir en retour une grande valeur. Souvent ce travail est remplacé avantageusement par celui de quelque animal plus fort que lui et moins coûteux de nourriture et d'entretien, ou par un moteur inanimé dont l'usage est peu dispendieux. En d'autres termes, quelque bas que soit son salaire, son travail, comparé à celui que peut exécuter une bête de somme ou un moteur naturel , ne le vaut pas , et l'entrepreneur perd à l'employer, ouïes consommateurs, parmi lesquels il faut ranger les ouvriers eux-mêmes, payent trop cher les produits auxquels il a coopéré.
Le travail purement manuel de l'ouvrier ayant à subir la triple concurrence de ses pareils, des animaux domptés et des moteurs animés, l'ouvrier qui n'en peut offrir d'autre est donc réduit à ne recevoir qu'un très minime salaire, strictement suffisant pour le maintien d'une existence fort misérable. Et cependant, malgré l'exiguïté de sa rétribution, ceux qui achètent son travail, c'est à dire les consommateurs ou la société, font aussi une perte qui se résume en un retard dans le progrès social.
Mais il en est tout autrement dès que le travailleur opère à l'aide de son intelligence et de ses facultés morales. Ici, plus de concurrence possible de la part des animaux ou des machines, desquels on ne peut exiger d'effort intellectuel ou moral. Reste bien encore celle que ces travailleurs se font entre eux, mais celle-là ne peut jamais aller jusqu'à faire descendre le salaire au dessous du niveau des moyens d'existence, qui comprennent l'éducation ," car elle doit inévitablement s'arrêter à ce point.
Lorsque les efforts des facultés morales et intellectuelles s'ajoutent à ceux du corps, l'homme parvient à déployer toute sa puissance , qui devient immense et indéfiniment développable. Dans ce cas, quand bien même le salaire s'élève, fût-ce de beaucoup, la valeur en peut rester au dessous de celle du travail obtenu en échange. Alors se réalise ce phénomène, si fréquent et si visible, quoique tant de personnes se refusent à y croire, qu'a un salaire