CHAPITRE III
Sous le .rapport moral, nous voudrions qu'on lui enseignât ses devoirs religieux d'une manière plus intelligente que cela se fait ordinairement; car, en général, l'ouvrier pratique le dogme machinalement et sans se rendre compte des motifs de ce qu'il fait, sans que ses croyances s'appuient sur un fondement bien solide.
Mais ce qui surtout exige un soin particulier, c'est d'inculquer à l'enfant de l'ouvrier des idées nettes sur ses devoirs envers lui-même , envers sa famille et envers la société. Ce soin est généralement abandonné au hasard à notre époque ; on n'a donc pas le droit de s'étonner quand on trouve si peu d'hommes dont la probité soit susceptible de résister à toutes les épreuves.
Nous ne nous dissimulons en aucune façon la difficulté de cet enseignement, qui doit consister, comme tout autre, en trois branches : le précepte, l'exemple et la pratique.
Le précepte est facile à enseigner, et cependant, dans quelle école peut-on apprendre une saine morale d'une façon simple et logique ?
Puis, le précepte inculqué, il faut le montrer en action par l'exemple, et, ici, nouvelle difficulté! Dans quelle famille d'ouvrier l'enfant trouvera-t-il cet exemple donné d'une manière irréprochable? A quoi lui servira-t-il qu'on lui enseigne à ne pas mentir, s'il voit tous les jours le mensonge pratiqué autour de lui par les êtres pour lesquels il professe le plus d'estime et de respect?
Qui prendra ensuite le soin, qui aura la patience
d'enseigner à l'enfant et au jeune homme à pratiquer par lui-même le précepte moral qu'on lui a appris et dont l'exemple lui a été montré, et de lui en faire acquérir l'habitude, qui seule peut affermir ses pas dans le rocailleux sentier du devoir?
Y a-t-il, même dans les familles aisées, et où les parents ont reçu ce que l'on nomme la meilleure éducation, beaucoup de ceux-ci qui veillent, avec une suffisante sollicitude, à ce que leurs enfants acquièrent cette précieuse pratique, sans laquelle la théorie et l'exemple servent à bien peu de chose ?
Hélas ! il faut bien l'avouer, — et c'est là la plaie la plus profonde et la plus incurable de la société moderne, — c'est un souci que prennent bien peu de parents et qu'ils abandonnent le plus souvent à des mercenaires, sans trop s'inquiéter de la manière dont ceux-ci s'en acquittent.
Personne ne niera que, pour qu'un enfant apprenne à danser, par exemple, il ne suffit pas qu'on lui explique les figures et les mouvements, et qu'on les exécute devant lui; tout le monde dira qu'il faut, en outre, qu'il s'exerce à les faire par lui-même, sous les yeux du maître et aidé d'abord de ses conseils. Et il serait inutile de suivre la même voie quand il s'agit d'une chose aussi importante et aussi difficile à pratiquer que la morale!
On voit, par ce qui précède, que ce genre d'éducation ne peut être entièrement donné dans les écoles, mais que les parents y doivent prendre une part essentielle. Nul effort pour améliorer la condition morale de la classe ouvrière n'aura donc de