‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 27 sur 132 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

chances de succès/ si l'on ne commence par faire sentir aux parents toute l'utilité de cet enseignement et toute l'importance qui s'attache à ce qu'ils veillent sans cesse à l'accomplissement de leur devoir à eux, qui consiste à donner l'exemple et à encourager la pratique de la morale dans toutes les circonstances de la vie.

Il est une opinion, assez généralement admise, même parmi des esprits très distingués, et qui prédomine en Suisse, le pays de l'Europe où l'éducation du peuple est l'objet de la plus constante sollicitude, — c'est que l'intérêt de la société, exigeant impérieusement que l'ouvrier soit intelligent et par conséquent instruit, son instruction est une charge qui incombe à la société entière, ou à son représentant : l'État, lequel doit avoir pour premier devoir de rendre l'instruction accessible aux plus pauvres, en la donnant gratuitement.

Aussi pénétré que qui que ce soit de l'immense utilité de la diffusion de l'enseignement parmi les classes laborieuses, nous ne pouvons néanmoins partager la généreuse illusion des partisans de l'enseignement gratuit et obligatoire donné par l'État.

Voici les deux motifs principaux qui nous portent à repousser ce système.

Premièrement, la gratuité de cet enseignement est plutôt apparente que réelle, car l'ouvrier qui ne paye pas l'instruction de ses enfants au maître d'école, la paye à l'État sous forme de contribution, ce qui, quant à l'effet sur sa bourse, revient absolument au même, sauf que celui qui n'a pas d'enfants paye pour

celui qui en a, au détriment de l'équité. En outre, celui qui paye l'enseignement sous forme de contribution, en même temps que tous les autres services qui lui sont rendus par l'État, ne peut discerner s'il n'en donne pas un prix trop élevé, tandis que, quand il le paye directement à l'instituteur, il peut l'apprécier et en débattre le prix et la qualité ; de plus, il a la garantie que la concurrence empêchera toujours ce prix de s'élever au delà de ce que le service rendu vaut réellement, garantie que le gouvernement ne peut lui donner. Enfin, il est bien reconnu que l'on fait peu de cas, même de la chose la plus précieuse, lorsqu'il n'en coûte rien de l'acquérir ; il serait donc fort à craindre que l'enseignement ne fût pas apprécié à sa juste valeur, et que l'on n'en profitât pas autant qu'il le faudrait, si l'État se chargeait de le donner gratuitement.

En second lieu, l'enseignement donné par l'État et rendu obligatoire est une atteinte portée à la liberté du père de famille, une atteinte grave, car elle a, du même coup pour effet de lui enlever la responsabilité ; et, en réalité, c'est cet enseignement par l'État, qui, partout où il est exclusivement pratiqué, engendre cette funeste indifférence des parents pour la manière dont leurs enfants sont instruits. Trouvât-il cette manière mauvaise, comme il n'y en- a qu'une, celle que pratique le gouvernement, et que, d'ailleurs, les facultés intellectuelles et morales de tous sont façonnées dans le même moule officiel, il ne lui servirait de rien de vouloir y trouver à redire , puisqu'il lui serait impossible d'y porter remède.

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