‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 32 sur 132 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le fait de cette insuffisance de l'enseignement pour les femmes est assez bien établi par la statistique, qui montre que le nombre des écoles et des élèves qui les fréquentent, la durée et l'importance des études qui s'y font, est de beaucoup plus considérable pour les garçons que pour les filles.

Les connaissances que l'on donne à ces dernières ne sont le plus souvent qu'ébauchées ou mal fixées dans leur esprit, ce qui fait qu'il leur est difficile d'en retirer une utilité réelle. Quant aux écoles professionnelles pour les femmes, si l'on en excepte quelques écoles normales et quelques ateliers d'apprentissage pour les professions manuelles, elles n'existent nulle part.

Est-il étonnant dès lors, qu'il y ait encombrement de l'offre dans le petit nombre de professions auxquelles conviennent les services du sexe féminin, ainsi limités?

Quant à l'offre du travail, elle est faite par les veuves, les orphelines et par une multitude de filles qui ne trouveront jamais sur le produit de leur travail, et malgré la plus rigoureuse économie, une dot pour se marier, ou un petit pécule pour établir un commerce; l'offre est faite aussi par de jeunes filles que leurs parents ne peuvent pas soutenir, et même par des femmes mariées dont les maris ne gagnent pas assez ou dépensent trop pour subvenir seuls aux frais du ménage.

Ce travail forcé des femmes et l'insuffisante rémunération qu'elles en retirent est une des conséquences les plus tristes de notre civilisation, encore

si incomplète à tant d'égards. Les maux et les souffrances engendrées par cette plaie sont innombrables, tant au point de vue matériel que sous celui de la condition morale des peuples, et l'on peut mesurer avec certitude, le degré de civilisation atteint par une nation, et la somme de bien-être dont elle jouit, au degré de liberté et de dignité que l'on y accorde à la femme.

En effet, la femme n'est-elle pas la première éducatrice et surtout la première moralisatrice de l'enfance? Et de l'impression laissée par la mère et les sœurs aînées sur le cœur du jeune enfant, ne dépend-il pas qu'il soit un jour un être probe, courageux et actif, ou un malheureux, incapable de résister aux incitations de la cupidité ou de la paresse, à l'entraînement des plus mauvaises passions?

Ne dépend-il pas aussi des soins assidus et intelligents d'une mère, et que celle-ci seule peut donner, qu'un enfant soit robuste et sain de corps et d'esprit, et la plupart des enfants privés de ces soins, ou qui ne les reçoivent que de mains mercenaires, non affectionnées et non intelligentes, ne portent-ils pas toute leur vie l'ineffaçable trace de la débilité du corps et de l'esprit?

On peut accuser, croyons-nous, le manque ou l'insuffisance de l'éducation maternelle, de la débilité et du rachitisme moral, intellectuel et physique, qui afflige une si grande portion de l'humanité et qui, en paralysant chez elle, tant de talent, d'activité et de force est un si grand obstacle au progrès de la civilisation.

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