‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 43 sur 132 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tance, lorsque la durée du bon marché est suffisamment longue. L'ouvrier en profite d'abord comme consommateur : avec le même salaire il est mieux nourri, ou il peut consacrer une plus forte part de son revenu à se procurer d'autres satisfactions. La même cause agit de la même façon sur la population entière, qui a, par suite, un excédant de revenu disponible pour l'achat d'autres produits, dont la création en plus grande abondance, exigeant plus de travail, fait hausser le salaire et affecte le bien-être de l'ouvrier en sa qualité de producteur.

Celui-ci est donc doublement riche dans ce cas, mais on prétend que ce bien-être ne peut être de longue durée pour lui; on dit que bientôt son salaire s'abaisse au niveau .du prix des subsistances, l'effet du bon marché de celles-ci étant de faire croître la population ouvrière à la fois par l'augmentation du nombre des naissances et par la diminution du nombre des décès. Tout en accordant que les choses se passent ainsi jusqu'à un certain point, nous trouvons qu'il n'est pas exact de prétendre que tout le revenu de l'ouvrier est absorbé par les dépenses qu'exige l'accroissement de sa famille ; il est certain qu'il fait quelques épargnes, qu'il s'habitue à une vie plus aisée, que ses forces s'accroissent par une nourriture plus abondante et plus saine, par des vêtements et un logement plus confortables et plus propres, et enfin par l'absence du souci de l'avenir. Ces circonstances sont aussi très favorables au développement de ses facultés intellectuelles et à l'amélioration de ses qualités morales.

N'est-il pas évident, en même temps , qu'il doit en résulter, de sa part, un travail plus puissant, plus intelligent, plus régulier, plus soutenu, ayant par conséquent une plus grande valeur réelle, et qu'il parvient à se faire accorder ce surcroît de valeur dans son salaire, au moins en partie, même quand le nombre de ses concurrents s'est accru, parce qu'il est moins dépendant du patron, à cause des épargnes dont il dispose, du sentiment de dignité qu'il a acquis et qui ne lui permet plus de descendre d'un degré l'échelle sociale.

La persistance du bon marché des denrées alimentaires et des autres choses nécessaires à la vie, améliore donc la qualité du travail de l'ouvrier en même temps qu'elle tend à en accroître la quantité. La concurrence des ouvriers entre eux, qui en résulte, ne leur permet pas de réaliser en entier, par la hausse du salaire, l'avantage dû à cette amélioration de la qualité de leur travail , mais quoique la rémunération de celui-ci baisse, elle ne retombe plus aussi bas, relativement au prix des moyens d'existence, qu'avant la baisse de ce prix.

Il convient aussi de ne pas perdre de vue que ce que l'ouvrier perd, comme producteur, par la concurrence de ses pareils, il le regagne, comme consommateur, chaque fois qu'il achète des produits que le bas prix de la main-d'œuvre (celui-ci, nous l'avons vu, n'est nullement incompatible avec des salaires élevés) rend à meilleur marché.

On le voit donc; de même que le haut prix des denrées est une calamité qui frappe doublement

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