‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 44 sur 132 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'ouvrier, qui l'atteint encore, même lorsque son salaire s'est, en apparence, remis au niveau de ce prix, et qui retombesur la société entière parce qu'elle se résume en une perte de travail sans compensation,— de même le bas prix permanent et assuré de* ces denrées est un double avantage pour l'ouvrier , avantage qui dure encore quand déjà son salaire s'est abaissé et qui réagit favorablement sur tout le monde, car le travail, et par conséquent ce qu'il produit, est alors à bon marché (1).

* En résumé l'ouvrier peut user de deux manières du surcroît de revenu que lui procure cet avantage, il peut s'en servir pour accroître sa famille ou pour augmenter son aisance, ou le plus souvent, il divisera ce surcroît en deux parts, dont l'une recevra la première de ces destinations, l'autre la seconde. Selon son degré de civilisation et par conséquent de prévoyance , la seconde part l'emportera sur la première, ou celle-ci sera prédominante. Ainsi la population ignorante de l'Irlande et des Flandres s'est accrue à mesure que les pommes de terre leur fournissaient un aliment moins coûteux que les céréales, et leur bien-être s'en est plutôt trouvé diminué qu'accru, tandis qu'en d'autres contrées, telles que

(1) L'accroissement des salaires et le bien-être de la classe ouvrière, qui, en Angleterre, ont été le résultat de la réforme douanière et de l'abrogation des lois-céréales, sont une confirmation éclatante de la théorie que nous venons d'exposer.

On peut consulter, pour connaître dans toute leur étendue les résultats de ees réformes, l'ouvrage anglais intitulé The Charter of nations, par M. Dunckley. Les principales conclusions de ce consciencieux travail ont été résumées par M. Auguste Couvreur, dans un discours prononcé à Verviers, devant l'assemblée tenue par l'Association belge pour la réforme douanière, le 19 avril 1857. Ce discours "a été publié dans 1' 'Economiste belge du i" mai 1857, supplément.

certaines parties de la Belgique, la Suisse, les États- Unis d'Amérique, etc., l'accroissement de la population résultant de causes analogues a été comparativement plus lente , en même temps que le progrès de la classe ouvrière dans la voie du bien-être et de la dignité, a été beaucoup plus rapide. On peut conclure de ceci, que là où l'aisance de la classe ouvrière suit une marche progressive , cela résulte de ce que cette classe consacre une plus forte portion de l'accroissement de son revenu à l'amélioration morale et matérielle de sa position qu'à son accroissement numérique *.

Que faut-il pour assurer à la classe laborieuse, ou mieux, à toute la société, ce précieux avantage? Faut-il, pour cela recourir à des mesures législatives ou administratives nombreuses et compliquées; faut-il, comme le voulait, J.-J. Rousseau, modifier la nature humaine?

Nullement. Il suffit, pour atteindre ce résultat, que la société garantisse efficacement à tous le droit de propriété sans lequel il n'est pas de bonne culture possible, et qu'elle fasse respecter la liberté du travail, et la liberté des échanges qui en est l'indispensable corollaire. Ces droits acquis, la société peut s'en rapporter à l'intérêt personnel de chacun et à la concurrence de tous, du soin d'assurer au monde entier un approvisionnement abondant et régulier de denrées alimentaires et de tous les autres objets de consommation usuelle.

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