‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 54 sur 132 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Bientôt, en effet, ce profit dont l'inventeur jouit désormais sans peine, appelle l'attention et excite la convoitise du public; d'autres inventeurs de procédés ou de machines surgissent sous l'appât de ce stimulant, et parviennent à obtenir des résultats analogues à ceux de la première invention, ou bien des capitalistes peuvent s'entendre avec l'inventeur pour partager les profits de sa découverte en étendant ses applications; enfin, l'inventeur lui-même peut être tenté, et il le sera presque toujours, d'accroître son gain en multipliant ses produits. De chacune de ces circonstances, qui peuvent se réaliser toutes à la fois, il résulte plus de marchandises offertes en marché, et comme il n'y a aucun motif pour que les consommateurs se soient enrichis ou aient augmenté en nombre, cet accroissement de l'offre, non suivi d'un accroissement correspondant de la demande, doit amener la baisse du prix, et comme le bénéfice résultant de l'invention est très grand , cette baisse peut être assez forte sans réduire les profits de la fabrication au dessous ou même au niveau de ceux qui se réalisent dans toute autre industrie soumise à la concurrence. Dès ce moment, l'avantage de l'invention est tout entier acquis au public, sans être cependant (quoique ceci puisse paraître contradictoire) entièrement ravi au producteur; car il faut remarquer (1) qu'à mesure qu'un produit baisse de

(1) La démonstration de ce fait est très bien établie dans le Cours d'économie politique de M. G. de Molinari, lr* partie, 5* leçon : le Prix, p. 93 et suivantes.

prix, sa consommation augmente ordinairement dans une progression beaucoup plus forte que cette baisse, de telle sorte que, quoique le profit sur l'unité vendue soit diminué pour le producteur, comme ce profit, multiplié par un nombre d'unités qui a augmenté plus que le prix n'a diminué, constitue son revenu, celui-ci peut s'être accru quoique le consommateur y ait gagné en même temps, soit plus de satisfaction pour une même dépense, soit une même satisfaction pour une moindre dépense, le nombre des consommateurs, dans ce dernier cas, ayant augmenté.

D'ordinaire, les deux résultats s'obtiennent simultanément; un certain nombre de consommateurs augmentent leurs achats de la marchandise qui a diminué de prix; d'autres emploient à des dépenses dune nature différente l'économie que cette baisse de prix leur fait réaliser; d'autres enfin, qui ne pouvaient acheter ce produit quand il était cher, trouvent qu'ils pourront en jouir aussi, en faisant quelques efforts de plus pour gagner de quoi l'acheter; on voit par là que le bon marché d'un produit est un stimulant pour la création de tous les autres.

En définitive, l'économie réalisée par la société à cause de la baisse de prix du produit perfectionné, accroît en réalité son revenu, dont une plus forte partie devient donc disponible pour acheter autre chose, c'est à dire pour rémunérer une nouvelle quantité de travail.

Cet accroissement de la demande a évidemment pour résultat d'élever le taux des salaires, et par

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