‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 57 sur 132 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

C'est là, en réalité, le reproche le plus fondé, ou pour mieux dire, le seul reproche que l'on puisse adresser à la division du travail. Mais celle-ci estelle coupable de la dégénérescence des races dont on l'accuse? Et le mal ne serait-il pas infiniment moindre si, les salaires étant plus élevés et l'aisance plus grande dans les familles d'ouvriers, ceux-ci pouvaient lutter avec plus de succès contre la mauvaise influence du travail sédentaire par une meilleure hygiène, par une nourriture plus fortifiante et par quelques instants d'exercice à l'air libre.

Les patrons comprennent-ils bien aussi leur intérêt lorsqu'ils entassent une multitude d'ouvriers dans des ateliers étroits, mal éclairés et mal ventilés et lorsqu'ils les surchargent de travail en ne leur donnant dans les intervalles qu'un repos insuffisant; c'est là , croyons-nous , une cause bien plus efficace que la division du travail, de l'affaiblissement que l'on remarque chez les ouvriers de certaines manufactures. Si la division du travail était la seule cause de cet affaiblissement, il se ferait remarquer partout où elle est adoptée ; or, c'est un fait qui heureusement est loin d'être général (Voir ce que nous avons dit à cet égard au chapitre II).

Le mal physique engendré par la division du travail n'est donc pas aussi considérable qu'on veut le faire croire , puisqu'il est dû en grande partie à d'autres causes, et ce mal n'est pas irrémédiable.

* L'ouvrier lui-même oublie aussi que si la division du travail lui procure un accroissement de revenu, en diminuant le prix des objets qu'il con-

somme, en produisant une plus forte demande de ses services et en permettant à plusieurs membres de sa famille de trouver une occupation rémunérée dans les ateliers, elle ne le fait qu'à la condition qu'une partie du loisir qu'elle lui crée soit consacrée par ce travailleur, à remédier par l'exercice corporel ou intellectuel, au repos trop absolu de quelquesuns de ses organes , pendant ses heures de travail dans la fabrique. La plupart des ouvriers, en effet, consacrent à tout autre chose, l'excédant de revenu que leur procure la division du travail, et la concurrence irréfléchie et imprévoyante qu'ils se font entre eux, les force bientôt à renoncer, non seulement au surcroît d'aisance qui est l'effet du travail divisé, mais même aux exercices ou à la diversion que ce genre de travail rend nécessaire pour qu'il soit exempt d'inconvénients *.

La division du travail est moins encore un obstacle au développement intellectuel de l'homme. Pendant longtemps il a été de mode d'exalter l'intelligence et la moralité du sauvage; mais cette intelligence ne se développe en réalité que sous le rapport des facultés nécessaires pour chasser à l'aide d'instruments très imparfaits et pour faire une guerre d'embûches et de ruses, sans science militaire, et sans armes puissantes. Hors de là, le sauvage est un être extrêmement borné, disposé à voir du surnaturel dans les faits les plus simples, et dont la raison est déroutée dès qu'elle doit servir à apprécier autre chose que les faits les plus ordinaires de la vie. En général, nos ouvriers des villes, dont le travail est

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