‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 59 sur 132 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

les ébaucher, de les assembler et enfin de les terminer : il est évident que dans toute cette série d'opérations diverses, il y en a bon nombre qui peuvent être accomplies par des ouvriers moins forts ou moins habiles que lui, et qu'il y aura économie à confier ces travaux à des ouvriers payés à un,moindre prix. La division du travail ne diminue donc en rien le salaire de l'ouvrier habile, mais elle permet l'emploi des moindres aptitudes et donne du travail aux femmes, aux enfants, aux vieillards, aux infirmes, qui, sans elle, seraient demeurés inoccupés et dont l'entretien serait resté à la charge du père de famille seul.

L'économie qui résulte de cet emploi plus complet de toutes les forces de la société et de l'abaissement du prix du travail, équivaut à un accroissement de la richesse sociale, et par conséquent de la demande des bras; elle ne peut donc exercer qu'une influence heureuse sur le taux du salaire.

Nous avons dit plus haut que la division du travail amenait le groupement des industries analogues; toutes, en effet, sont forcées de se réunir là où s'offrent les circonstances favorables à leur développement, parmi lesquelles il faut compter un nombre suffisant d'ouvriers connaissant les procédés de ces industries. Bientôt aussi, l'existence de ces centres industriels attire sur les lieux tous les genres de production accessoires dont les produits lui sont nécessaires ; de là résulte donc bientôt une agglomération de population, ou un accroissement du nombre des consommateurs dont la demande de

denrées constante et régulière crée bientôt un marché étendu qui attire le commerce et suscite une concurrence dont le bas prix des objets nécessaires à la vie est le résultat certain. On remarque en effet que dans la plupart des grandes villes l'approvisionnement est plus régulier et la vie de l'ouvrier est à meilleur marché que dans beaucoup de communes restreintes, parce que, dans les premières, le commerce ne tarde pas à organiser des moyens de transport économique dont le consommateur profite : le grand nombre de ceux-ci permet aussi d'organiser des services collectifs dont la rétribution opérée par tous, coûte très peu à chaque individu en particulier, tels que moyens de transport, spectacles et autres amusements, bibliothèques, chauffoirs, etc.

S'il n'en est pas ainsi dans toutes les grandes villes, c'est que souvent des taxes excessives ou des lois arbitraires mettent un obstacle à la libre action de la concurrence.

Nous avons montré que la division du travail donne de l'occupation aux êtres les plus faibles et les moins intelligents ; il n'en faut pas conclure que les esprits d'élite trouvent un désavantage à voir leur travail ainsi remplacé en partie par celui d'êtres inférieurs. Il arrive, au contraire, que des ouvriers qui ne pourraient trouver dans une seule manufacture une rémunération suffisante pour leur travail dont la nécessité ne se fait pas sentir d'une manière continuelle, peuvent obtenir un salaire élevé en travaillant à la fois pour plusieurs établissements; c'est ainsi que dans des villes manufacturières où les

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