CHAPITRE XII
Il serait à désirer, surtout sous le rapport de l'influence morale de l'association mutuelle, que les ouvriers prissent graduellement une part plus étendue à l'administration et eussent eux-mêmes la charge d'équilibrer les dépenses avec les recettes; il en résulterait pour eux l'acquisition plus prompte des habitudes de prévoyance et de surveillance mutuelle qui leur seraient si utiles.
Dans le but louable certainement de propager les institutions de prévoyance, le gouvernement oblige les entreprises industrielles qui se forment, à affilier leurs ouvriers aux caisses de prévoyance existantes ; mais cette mesure rencontre une opposition assez fondée, en ce que par là, on associe à primes égales des ouvriers dont les chances de maladie et d'accidents sont très diverses : des maçons ou des manœuvres, par exemple, qui exercent leur profession en plein air et sans péril, avec des mineurs travaillant sous terre dans un air vicié et au milieu de dangers multiples ; mieux vaudrait, nous semble-t-il, engager les patrons à répandre parmi leurs ouvriers la connaissance des avantages résultant pour eux de l'association, et à faciliter celle-ci en y intervenant indirectement ou en lui accordant leur patronage.
Les chances d'accidents ou de maladies que courent les ouvriers peuvent être combattues aussi par une autre forme de l'association, celle de l'assurance à prime qui est susceptible de se prêter aux modifications les plus diverses, et qui peut s'appliquer à l'individu isolé comme à de grandes catégories d'où-
vriers ; ces compagnies fonctionnent en Angleterre et ont pour associés des personnes de toutes les classes de la société; les contrats d'assurance s'étendent à tous les genres de risques, et il n'est pas rare de voir un voyageur s'assurer contre les dangers du trajet, en même temps qu'il prend son coupon au chemin de fer; chez nous, malheureusement, de semblables institutions ont de la peine à pénétrer dans les mœurs ; on s'imagine encore difficilement qu'un contrat d'assurance en règle, et engageant une compagnie pour des sommes souvent considérables, puisse être conclu en peu d'instants et sans entraîner des formalités compliquées.
L'ouvrier, pendant qu'il jouit de ses forces, doit pouvoir trouver dans son salaire, non seulement de" quoi subvenir aux besoins du présent, mais encore de quoi s'assurer des ressources pour l'époque de sa vieillesse ou de quoi sauver, au moins momentanément, de l'indigence sa veuve et ses enfants en cas de décès prématuré. Ici encore ses épargnes personnelles seraient insuffisantes, si l'influence de l'association et de l'assurance ne venait les grossir. En effet, l'association permet d'accroître les capitaux par le cumul des épargnes et des intérêts, et le fonds ainsi formé peut être réparti entre les participants qui survivent après un certain nombre d'années; le cumul des intérêts combiné aux chances de survie suffit, comme l'expérience le démontre, pour assurer à l'homme laborieux et sobre des ressources dans la vieillesse ; des combinaisons semblables peuvent être employées à la formation d'un capital