CHAPITRE XII
leurs, la rareté de l'offre de leur travail doit amener une hausse des salaires qui sera au moins proportionnée à l'intensité du risque couru. Une proportionnalité exacte aurait été la conséquence naturelle d'un libre débat entre les parties intéressées, surtout lorsque quelques années d'expérience auraient déterminé d'une manière suffisamment exacte l'intensité du risque dans chaque contrée et pour chaque genre d'exploitation.
Indépendamment des caisses générales de secours, communes à tout un district minier, il existe des caisses particulières à chaque établissement. La part contributive des ouvriers et des patrons y varie sans aucune règle déterminée : tantôt elle est égale de part et d'autre, comme dans les caisses générales ; tantôt les patrons se bornent à administrer le fonds commun, en comblant le déficit formé presque chaque année par l'excédant des dépenses sur les recettes. Ce mode a l'inconvénient de laisser les ouvriers presque totalement en dehors de l'administration de ces caisses, et de les maintenir dans leurs habitudes d'imprévoyance, puisque les conséquences de celle-ci ne peuvent peser sur eux, étant constamment annulées par l'intervention des patrons.
* On peut encore signaler quelques autres défectuosités dans l'administration de la caisse générale de retraite : c'est d'abord le détournement annuel d'une partie des fonds destinés à des pensions ou à des secours , pour être consacrée à l'enseignement des enfants des mineurs; certes, cette destination
n'aurait rien que de louable, si l'on y consacrait un excédant des ressources de la caisse, mais cet excédant est loin d'exister; il serait même possible qu'il y eût du déficit dans l'avenir, le fonds de réserve n'étant pas jugé suffisant pour parer à toutes les éventualités. D'ailleurs, ne serait-il pas plus convenable de rendre ces fonds à leur véritable destination et de s'en servir pour accroître le taux des pensions, qui n'est plus en harmonie ni avec l'élévation actuelle des salaires, ni avec le prix toujours croissant des moyens de subsistance?
Une autre cause de diminution des ressources de la caisse générale, c'est la tendance croissante de certaines caisses particulières de secours à rejeter sur celle-ci des subventions à accorder à des ouvriers atteints de maladies ou d'infirmités de longue durée, mais qui ne se trouvent cependant pas dans les cas prévus par les statuts de la caisse générale. Il résulte de là, non seulement que la part des ayants droit réels se trouve diminuée d'autant, mais que les personnes ainsi secourues, étant soustraites à la surveillance que les participants aux caisses particulières exercent les uns sur les autres, il leur est plus facile de simuler des infirmités prolongées au delà de leur terme réel, afin d'avoir droit à des secours pendant plus longtemps.
Il nous semble qu'une plus grande prépondérance, accordée dans le conseil d'administration des secours aux ouvriers ou à des délégués nommés par ceux-ci, aurait pour effet de faire disparaître ces inconvénients. *