CHAPITRE XIII
volonté pour encourager l'oisiveté, la débauche et l'imprévoyance.
Les effets de la charité légale doivent donc être, partout où celle-ci existe, d'engendrer la misère au lieu d'y remédier, de la rendre plus profonde là où elle existait déjà, enfin de joindre l'abaissement moral à la dégradation physique, de créer en un mot le paupérisme, fléau, que l'on regarde à tort comme moderne, et qui existe partout où des masses d'hommes s'habituent à compter pour vivre sur d'autres ressources que le travail.
Ce n'est point là une opinion isolée que nous exprimons ; elle appartient à plusieurs économistes illustres qui y ont été conduits par leurs études, à des hommes d'État éminents qui y ont été amenés par l'observation attentive des faits.
Ces faits, nous les trouvons d'abord dans une application de la charité légale faite, depuis deux siècles et demi, à une vaste population. Depuis l'édit de la reine Elisabeth d'Angleterre, qui date de 1602, instituant la taxe des pauvres en ce pays, le nombre des indigents n'a fait que croître, et la taxe destinée à pourvoir à leurs besoins est devenue pour les travailleurs honnêtes une charge tellement lourde que plusieurs, après avoir ainsi exercé cette charité ou plutôt après avoir subi cette spoliation, en ont été réduits à la condition d'indigents secourus eux-mêmes.
Dans l'origine, la loi de la reine Elisabeth fut exécutée avec rigueur; les pauvres valides étaient enfermés dans des maisons de travail, espèce de
bagnes dans lesquels on les contraignait aux plus rudes labeurs et où leurs besoins étaient satisfaits avec la rigueur la plus parcimonieuse. Les invalides seuls recevaient des secours à domicile. Pendant un moment, il parut permis d'espérer, sinon la destruction de la misère, au moins un soulagement notable de ce fléau par l'effet de la loi de 1602 ; mais bientôt les administrateurs de la taxe des pauvres se relâchèrent envers les indigents valides d'une sévérité nécessaire, mais dont l'exercice exigeait beaucoup d'énergie et qui était d'ailleurs blâmée par l'opinion publique qui ne voyait point de motifs de traiter des indigents à l'égal des malfaiteurs. Le relâchement dans le régime des maisons de travail eut pour conséquence l'accroissement de leur population ; bientôt les artisans libres se plaignirent de la désastreuse concurrence que leur faisait le travail forcé; ils obtinrent dans quelques localités la cessation de ce travail ; enfin, bientôt aussi , le capital dont pouvait disposer l'administration de la taxe des pauvres devint insuffisant pour fournir des instruments et des matières premières aux indigents , qui se pressaient en foule pour demander l'accès des maisons de travail.
Celles-ci furent alors supprimées entièrement dans quelques localités et réduites dans la plupart des autres à des proportions tout à fait insuffisantes , et aucun travail, aucune contrainte ne furent plus imposés comme conditions des secours distribués aux indigents valides. Dès lors la misère prit des proportions effrayantes ; il suffisait de se déclarer inca-