‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 85 sur 132 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

pable de gagner sa vie par le travail pour avoir droit au secours de la commune ; ce secours était d'autant plus élevé que le salaire était plus bas, les besoins de l'indigent plus grands et sa famille plus nombreuse. De ce moment, la perspective de la misère n'apporta plus aucun frein aux mariages; au contraire, l'indigent se mariait de bonne heure, afin d'avoir promptement une famille nombreuse et de participer ainsi pour une plus large part dans les secours distribués. D'un autre côté, l'ouvrier, certain de trouver un supplément de ressource dans la caisse des pauvres, ne mettait aucune énergie à débattre les conditions de son salaire qui se réduisait bientôt au point d'être insuffisant. Les patrons eux-mêmes coopéraient à cette dégradante combinaison, en s'engageant envers les ouvriers à user de leur influence pour faciliter l'inscription de ceux-ci sur la liste des pauvres de leur paroisse. Il est évident que cet état de choses devait détruire en même temps tout ressort moral chez l'indigent, et ne pouvait manquer de transformer la misère en un fléau permanent, endémique et héréditaire.

Et en effet, l'enquête ouverte en 1834 a établi que quand une famille avait reçu des secours de la caisse des pauvres , le droit à recevoir ceux-ci se transmettait de génération en génération, comme un héritage, et qu'il n'est point d'exemple qu'une famille, une fois entrée dans cette voie dégradante, en soit sortie par sa propre énergie. Aussi l'histoire nous montre-t-elle le nombre des secourus et la taxe perçue pour soulager leur misère , croissant d'une

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manière effrayante pendant deux siècles. L'impôt pour l'Angleterre et le pays de Galles seulement, c'est à dire pour une population d'environ 13 millions d'habitants, s'élevait a 176 millions de francs, non compris les frais de perception et d'administration qui devaient être considérables à cause des vices de cette gestion et du défaut de contrôle. Quand on songe que cette taxe tombait uniquement sur les possesseurs de la propriété immobilière, on comprend quelle lourde charge devait peser sur eux.

En 1834, le Parlement anglais, vivement ému d'un tel état de choses qui menaçait d'empirer d'année en année, fit faire une enquête qui dévoila les faits que nous venons de signaler et bien d'autres encore qu'il serait trop long de mentionner, le Parlement, disons-nous, fit une loi destinée suivant lui à réformer ces abus. Malheureusement le principe du droit à l'assistance restait en entier dans cette loi et ne devait pas tarder à porter ses fruits. Pendant quelques années, une administration centralisée, un contrôle plus sévère exercé sur la distribution des secours, le rétablissement partiel des maisons de travail et surtout , sans doute , la réaction de l'opinion publique contre les abus de la charité légale, tout cela diminua le nombre des secourus et le montant de la taxe; la paix, le développement croissant de l'industrie, quelques bonnes récoltes et principalement la réforme douanière, qui amena une diminution notable du prix des moyens de subsistance en même temps qu'une augmentation de la demande du travail , tendirent aussi à contre-balancer momenta-

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