‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 87 sur 132 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ments officiels que ce sont précisément les communes où les bureaux de bienfaisance et les autres institutions de charité publique sont largement dotées, que le nombre des misérables est le plus grand. C'est ainsi qu'à Tournai, par exemple, le nombre des secourus s'élève à plus de 11,000 sur une population totale de 30,000 habitants environ, et cependant cette ville est située dans une contrée fertile et le travail industriel y est développé de manière à assurer de l'occupation à un grand nombre de bras. Une proportion plus forte encore de la population indigente se remarque dans plusieurs localités des deux Flandres, et ni des années d'abondance, ni le développement de l'industrie, n'ont pu y remédier au paupérisme, arrivé à son plus haut degré d'intensité sous la double influence de la crise due à la transformation de l'industrie linière et de la maladie des pommes de terre. Il est facile de remarquer dans toutes les localités où les institutions de bienfaisance publique sont largement dotées, que les salaires sont généralement bas, que la population ouvrière est débile, peu énergique et peu intelligente, et qu'elle se distingue peu par des habitudes d'ordre et d'assiduité au travail. Malgré cette coïncidence remarquable de la misère et de la dégradation morale des populations ouvrières avec la richesse des bureaux de bienfaisance, des hospices, etc., on est généralement tenté de croire que c'est le grand nombre des pauvres qui a excité le développement de l'esprit de charité et a été la cause du nombre et de l'importance des dons faits aux

établissements de secours publics; c'est le contraire qui a eu lieu : plus les dons offerts aux pauvres ont été nombreux et faciles à obtenir, plus l'imprévoyance s'est accrue, plus l'énergie individuelle, le ressort moral se sont affaissés, plus les familles se sont multipliées sans souci de l'avenir, et plus même la population indigente s'est accrue par l'influence des pauvres d'alentour, qui s'établissent dans la commune, afin de participer aux secours que l'on y distribue.

Ces faits, à l'appui desquels il serait facile de citer des chiffres nombreux puisés dans les documents administratifs de nos communes, ont été signalés au pays par un administrateur intelligent et expérimenté qui jouit à juste titre de la considération générale.

Nous croyons utile de reproduire ici les paroles prononcées par M. Liedts, alors ministre d'État et gouverneur de la province de Brabant, à l'ouverture de la session du conseil provincial de l'année 1858.

« Un fait qui semble au premier abord contraster avec le tableau de la prospérité de la province, c'est le nombre toujours croissant des individus inscrits sur les contrôles des bureaux de bienfaisance.

h Ce nombre , dans les communes rurales du Brabant, était en 1847, de 125,201; il est aujourd'hui de 136,980, soit une augmentation de 9 p. c, et cependant le prix des denrées de première nécessité était de 40 p. c. plus élevé en 1847 qu'en 1857, outre que le travail était moins rémunéré qu'en ce moment.

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