‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 86 sur 132 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

némenl les funestes effets de la charité légale, et les partisans de la nouvelle loi s'en promirent les plus heureux effets. Cependant, depuis 1834, la taxe montre une tendance nouvelle à s'accroître , et même, dans les circonstances les plus heureuses, son développement ne pourra être que momentanément retardé, car l'effet du principe même qui l'institue est de la faire grandir sans cesse jusqu'à ce qu'elle ait absorbé la totalité du fonds qui l'alimente.

En Belgique, il n'existe point de taxe des pauvres proprement dite, c'est à dire qu'une prétendue charité légale ne sert pas de prétexte a une véritable spoliation comme en Angleterre; cependant chez nous aussi les communes peuvent s'imposer des taxes destinées à pourvoir au soulagement de la misère, et les administrations de l'État, de la province et de la commune interviennent dans la gestion des biens légués à des fondations charitables, qui constituent des hospices et les bureaux de bienfaisance. Chez nous au moins le principe du droit à l'assistance ne se trouve pas inscrit dans la loi, mais il n'en est pas moins mis en pratique dans une grande partie du pays, et ses conséquences désastreuses, sans se montrer sur une échelle aussi étendue qu'en Angleterre, n'en existent pas moins. Nous voyons en effet, d'après des documents statistiques publiés par le gouvernement, que le nombre des indigents ou soi-disant tels qui participent au secours de la bienfaisance publique va toujours croissant et atteignait déjà, il y a quelques années,

le nombre de 900,000 environ sur une population de 4,500,000 habitants, c'est à dire l/5e de celle-ci.

Un étranger qui jugerait de la situation de la Belgique d'après ces chiffres, serait tenté de croire qu'il y règne une effreuse misère et que l'on doit rencontrer tant dans les villes que dans les campagnes une personne au moins sur cinq portant les traces d'un profond dénûment. Or, chacun sait qu'il n'en est pas ainsi, et qu'heureusement la misère inscrite dans les tableaux de la statistique officielle dépasse sensiblement la réalité. Mais si la misère physique est heureusement de beaucoup en dessous de l'évaluation officielle, celle-ci n'en montre pas moins une dégradation morale très intense, puisque 900,000 personnes, misérables ou non, sur 4,500,000, ne rougissent pas d'avoir recours à l'aumône publique, au moins comme supplément de moyens d'existence. Ce résultat, fût-il le seul parmi ceux que peut engendrer une charité collective mal entendue, serait déjà déplorable pour notre pays et mériterait que l'on s'occupât d'y trouver un prompt et énergique remède.

Cette plaie, tant de fois signalée, de la misère qui a recours à la charité publique, est très inégalement répartie dans notre pays; des populations nombreuses, les unes agricoles, les autres industrielles, n'ont que peu ou point d'indigents inscrits sur les tableaux officiels; il en résulte que, dans d'autres localités, la proportion de ces indigents à la population totale doit être très considérable. Il est facile de remarquer, en consultant les docu-

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