‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 89 sur 132 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

rondissement de Nivelles que la population se serre le moins et croît le plus lentement, et cependant c'est là que le nombre des individus inscrits sur les listes des pauvres augmente le plus vite; parce que c'est dans cet arrondissement que les ressources des bureaux de bienfaisance se multiplient avec le plus de rapidité.

h La population rurale, depuis dix ans, ne s'y est accrue que de 2 p. c. et le revenu des biens des pauvres de plus de 20 p. c; aussi y compte-t-on 6,087 individus secourus de plus qu'il y a dix ans.

» Ce que nous venons d'exposer est plus palpable encore si l'on compare la Belgique à la France. Nos bureaux de bienfaisance ont pour une population de quatre millions et demi d'habitants près de huit millions de francs à distribuer annuellement aux pauvres.

</ En France, au contraire, les 9,000 communes qui possèdent de pareils établissements et qui renferment plus de 16 millions et demi d'habitants, n'ont à distribuer que 17 millions de francs.

" Ne vous étonnez donc pas de voir que dans notre petit royaume il y a, proportionnellement à la population, un nombre double de familles secourues par les bureaux de bienfaisance que dans ces 9,000 communes de France. Faites que ces établissements soient aussi richement dotés en France qu'en Belgique, et qu'au lieu de 17 millions nos voisins puissent consacrer 30 millions à leurs distributions annuelles, et vous verrez les inscriptions des pauvres se multiplier à mesure que les ressources permettront d'accueillir plus de demandes.

" Concluons de tout ceci que les écrivains se trompent étrangement, lorsque, pour apprécier l'intensité du paupérisme dans les divers pays, ils se bornent à prendre pour base de leurs calculs le nombre des inscriptions sur les contrôles des bureaux de bienfaisance, puisque, sans s'en douter, ils ne font que constater

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la richesse relative de ces bureaux, et nullement la misère plus ou moins grande qui désole le pays.

h A Dieu ne plaise cependant qu'en faisant ressortir l'abondance des secours en Belgique, nous approuvions le mode de leur distribution. Nous sommes au contraire pleinement convaincus, et d'autres l'ont dit avant nous, que tous ces millions qu'on répartit annuellement n'ont pas réussi jusqu'ici a tirer une seule famille de la misère, et quon trouve aujourd'hui inscrits sur la liste des pauvres, les arrière-petits-fils de ceux qu'on y rencontrait il y a un siècle.

n On dirait que l'assistance 'publique , telle qu'elle se pratique, amoindrit l'activité de la prévoyance ; que l'homme, une fois inscrit sur ces listes fatales , s'habitue peu a peu à compter sur l'action et les secours d' autrui, et s'inquiète moins de son avenir.

n Espérons que notre siècle, à force de remuer cette question, finira par trouver un mode d'assistance qui n'altère pas le sentiment de la responsabilité, et qui offre tous les avantages de la charité officielle sans en avoir les inconvénients. «

On le voit, l'opinion de l'honorable gouverneur du Brabant à l'égard de l'influence qu'exerce la charité publique sur l'accroissement de la misère est entièrement conforme à la nôtre, excepté en un seul point, ce magistrat paraissant croire que la charité privée serait plus efficace pour remédier au mal que l'intervention de l'autorité dans la distribution des secours, tandis que, selon nous, il suffit que des secours soient distribués d'une manière permanente et assurée pour que la misère soit engendrée et devienne permanente aussi.

La charité privée, du moins, telle qu'elie s'exerce généralement, n'a guère sur la charité publique

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