CHAPITRE XIII
d'autre avantage que celui de distribuer des dons accordés volontairement, au lieu d'avoir recours à la spoliation légale, pratiquée par l'impôt pour se procurer les aumônes à répartir.
La charité publique montre les mêmes effets partout où elle est pratiquée; le discours que nous venons de citer en signale les effets en France. En Suisse, d'après M. Cherbuliez, l'assistance publique obligatoire n'est pratiquée que dans une partie d'un seul canton, et c'est la seulement qu'existe une misère étendue et permanente, heureusement inconnue dans le reste de ce pays (1).
Un économiste hollandais, M. de Bruyn-Kops, auteur d'un excellent traité élémentaire d'économie politique, y dit que la mendicité ne peut être tolérée dans un pays civilisé, mais qu'on ne peut laisser non plus les indigents mourir de faim; que, par conséquent, la défense de mendier implique de la part de l'État l'obligation de pourvoir les indigents du strict nécessaire pour vivre, en leur imposant un rude travail. M. De Bruyn recommande expressément que le traitement reçu par les pauvres dans les maisons de travail soit toujours inférieur à celui que peut se procurer un ouvrier libre, et que son labeur soit plus dur que la tâche ordinaire d'un journalier. C'est ce que prescrivait aussi la loi des pauvres de la reine Elisabeth d'Angleterre; mais on sait comment celle-ci fut observée, et elle ne pourra jamais l'être autre-
(1) Voir un article de M. Cherfouliez, intitulé : Du paupérisme dans le canlon de Berne (Journal des Économistes du mois de mars 1857).
ment tant que l'opinion publique exigera, non sans justice, qu'un homme dont le seul tort est d'être pauvre, ne soit pas traité plus durement que le dernier des criminels.
Mais de quelque manière qu'une semblable loi des pauvres soit appliquée et à quelques administrateurs que l'application en soit confiée, l'abus réside dans le principe et non dans Yusage que l'on en fait. Ce principe est celui du droit au- travail et à l'assistance. Or, on connaît le mot devenu célèbre de M. Proudbon : « Donnez-moi le droit au travail et je vous concède le droit de propriété ! »
C'est que rien, en effet, n'anéantit plus efficacement la propriété créée et n'empêche mieux la création de toute propriété ultérieure que d'ôter le capital à celui qui l'a péniblement amassé par le travail et l'épargne et qui, en connaissant tout le prix, aurait su le conserver, pour le donner au paresseux, à l'imprévoyant, au dissipateur, lequel l'ayant acquis sans peine le gaspillera.
Nous le répétons donc, ce que l'on appelle improprement bienfaisance publique et charité légale, et ce que l'on ferait mieux d'appeler le plus souvent la spoliation du diligent par le paresseux, bien loin de remédier à la misère, tend forcément à la rendre inévitable et permanente, à la faire s'étendre sur la société comme une tache d'huile sur le papier, et finalement à convertir la misère elle-même en un paupérisme désorganisateur de la société.
La bienfaisance publique qui s'exerce à l'aide de dons et legs volontaires, distribués par une adminis-