CHAPITRE I
outre, son apprentissage a coûté, de la part de ses parents, des sacrifices pécuniaires, et, de sa part, un travail qui n'a pas reçu de rémunération immédiate, mais qui s'est accumulé pour former en lui un capital qui cessera d'exister avec sa vie ou plutôt avec sa capacité de travailler. Ce capital, grossi des chances de non réussite dans son apprentissage, doit lui rapporter un intérêt et un amortissement, car il doit le transmettre à ses enfants, autrement le nombre des ouvriers capables d'exercer ce métier diminuerait jusqu'à ce que les salaires fussent revenus à un taux suffisant pour payer les frais de l'apprentissage des enfants.
Si l'ouvrier possède lui-même ses outils, s'il fait habituellement l'avance de son travail et de quelques matières premières, il doit gagner, en sus du salaire ordinaire, l'intérêt et l'entretien du capital représenté par ces outils et ces avances.
Enfin, s'il n'a pas une source de revenu en dehors de son travail, ou s'il ne veut pas compter sur l'assistance publique dans le cas où ses ressources ordinaires lui manquent, il faut qu'il trouve dans son salaire de quoi épargner pour parer aux chances de chômages, de maladies, d'incapacité de travail par suite d'infirmités ou de vieillesse, etc., et même quelque surcroît, qui, si aucun événement fâcheux ne vient à la traverse, lui permette d'améliorer sa condition en se donnant une certaine aisance.
Voici donc, en résumé, les éléments dont se compose le salaire de l'ouvrier proprement dit :
1° Du nécessaire pour le maintien de son exis-
tence et de celle de sa famille, conformément aux habitudes des gens de sa profession dans le temps et dans le lieu où il vit;
2° De la compensation des risques qu'il court, à savoir : de chômage, de maladies et d'accidents, d'incapacité de travail par suite d'infirmités ou de vieillesse, la mort prématurée qui laisserait sa famille sans ressources, etc. ;
3° L'entretien du capital représenté par les outils de sa profession et l'intérêt des avances qu'il est obligé de faire ;
4° L'amortissement du capital consacré à son éducation et à son apprentissage, capital dont il doit la restitution au moins intégrale à ses enfants, sous la même forme ;
5° Enfin, en un profit net de son travail, en sus de ce qui suffit à son simple entretien, afin que l'ouvrier puisse participer au progrès qui s'accomplit dans la société par l'accroissement de son aisance et de ses ressources.
Certains auteurs ont admis que l'entretien de la femme de l'ouvrier ne doit pas être compté dans les dépenses nécessaires; nous expliquerons dans le chapitre IV pourquoi nous ne partageons pas cette opinion. *