CHAPITRE XIII
l'application du principe socialiste, du droit à l'assistance et de la charité mal entendue qui, en voulant remédier imparfaitement au mal présent, offre pour l'avenir des maux incalculables. Il nous reste maintenant à montrer quelle est l'influence de la charité ainsi pratiquée sur le salaire des classes laborieuses.
La charité légale agit de la manière la plus funeste, d'abord en décourageant l'esprit d'épargne, puisque cette épargne est absorbée par la taxe des pauvres sans profit pour celui qui l'a créée. Celui-ci, comme nous l'avons dit plus haut, aurait su l'employer fructueusement et la conserver ; le capital de la société et par conséquent la demande du travail qui fait hausser les salaires se seraient ainsi accrus, tandis que cette même épargne distribuée aux pauvres est consommée par eux d'une manière improductive, ou si par hasard elle est employée comme instrument de la production, c'est en général avec l'insouciance que nous avons pour les biens acquis sans peine, c'est à dire que cet instrument périt promptement entre leurs mains. Ainsi, la bienfaisance publique empêche la formation des capitaux et la charité légale détruit les épargnes déjà formées ; il résulte de là un accroissement plus lent des instruments du travail et par conséquent une moindre demande de celui-ci, qui doit nécessairement faire baisser le taux des salaires.
Une autre cause bien plus sensible de baisse dans la rémunération du travail gît dans l'influence physique, intellectuelle et morale que l'aumône exerce
sur les secourus. Dégradés de corps et d'esprit, le travail qu'ils exécutent vaut moins que ce qu'ils gagnent ; il en résulte un enchérissement des produits créés par une main-d'œuvre plus chère, enchérissement qui équivaut à un appauvrissement général et tend par conséquent de son côté et d'une manière très-efficace à diminuer la demande des services du travailleur. Celui-ci, d'ailleurs, perd par l'espoir plus ou moins fondé de secours en cas de chômage, de maladie ou de vieillesse, l'esprit de prévoyance qui lui ferait demander et la fermeté qui lui ferait obtenir, comme supplément à son salaire, une prime d'assurance suffisante pour parer aux éventualités qui le menacent. Le taux de ce salaire est donc moins vivement débattu entre l'ouvrier et le patron, et comme ce dernier ne considère ordinairement dans cette question que son intérêt immédiat, il en résulte que ce salaire va s'abaissant successivement jusqu'à tomber au dessous de ce qui est nécessaire pour maintenir ses forces intellectuelles et physiques dans l'état qui lui permet de fournir un maximum de travail. L'intervention de la charité aveugle et irréfléchie a donc sur le salaire de l'ouvrier une influence entièrement opposée à celle qu'exercent sur lui l'association et les institutions de prévoyance.
L'action funeste exercée par une charité inconsidérée et mal entendue sur la condition morale et matérielle des classes laborieuses, et par conséquent sur le bien-être de la société entière, doit faire désirer une prompte réforme d'un abus qui ne peut s'arrêter qu'au paupérisme universel , c'est à