CHAPITRE XIII
choses semblable au paupérisme, ce qui tend une fois de plus à démontrer que celui-ci n'est ni moderne, ni causé exclusivement par le développement exagéré de l'industrie manufacturière. Enfin, bien d'autres exemples encore dont la recherche ne serait pas très difficile, pourraient venir confirmer ce que nous affirmons, que la charité exercée par certaines associations, comme celle que pratique l'État, tend à créer et à perpétuer la misère au lieu de la détruire.
* L'association, quand elle n'a pas pour but principal, avoué ou occulte, le prosélytisme religieux ou politique, est cependant le moyen le plus efficace et le plus fécond d'exercer la véritable charité, celle qui remédie à des calamités ou des malheurs non mérités et impossibles ou difficiles à prévoir et à prévenir.
Par l'association , en effet, des dons peuvent être recueillis de personnes à la fois riches et charitables, mais qui n'ont pas le loisir, la capacité ou l'énergie nécessaires pour rechercher les misères k soulager, et pour distinguer ou repousser l'hypocrisie qui en prend le masque; et ces dons peuvent être recueillis, accumulés et distribués par d'autres personnes, qui, sans être riches elles-mêmes, peuvent avoir assez de loisir, de discernement et d'énergie pour donner aux secours à distribuer l'emploi le plus utile.
Cette distribution des fonctions, rendue possible par l'association, permet d'abord d'appliquer la charité sur une plus vaste échelle, et ensuite, elle
admet le concours de tous les individus en raison de leur fortune et de leurs facultés *.
La charité exercée par des individus isolés ou par des associations qui ont un but déterminé et temporaire, même lorsqu'elle est peu éclairée, est toujours moins nuisible que la charité publique, car ses moyens sont plus restreints et surtout elle n'offre pas aux secourus cette ressource permanente et assurée qui agit d'une manière si prompte et si efficace, en détruisant la dignité, le ressort individuel et l'esprit de prévoyance parmi les classes indigentes.
L'aumône offerte par les particuliers a aussi presque toujours un caractère humiliant pour celui qui la reçoit et qui fait que toute personne qui a conservé un reste de dignité répugne à y avoir recours, tandis qu'elle solliciterait sans répugnance la bienfaisance publique dont les ressources lui paraissent faire partie de son patrimoine. Un autre avantage relatif qu'offre encore la charité privée, même en la supposant mal dirigée, c'est qu'il est toujours beaucoup plus facile de remédier à ses abus qu'à ceux qu'engendre la soi-disant charité de l'État. Il est rare, du reste, que la charité privée, soit exercée avec l'intelligence et le courage nécessaires pour qu'elle soit réellement utile; il est facile de se laisser aller aux obsessions d'un mendiant; il est bien difficile de discerner la véritable misère, celle qui mérite commisération et secours, du vice qui se cache sous son nom.
Nous venons de peindre les maux qui résultent de