‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 98 sur 132 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

tation et au transport de la houille, qu'ils font les démarches nécessaires afin d'obtenir de bonnes conditions pour ce transport sur les voies de communication qui ne leur appartiennent pas, qu'ils sollicitent collectivement toutes les mesures législatives ou administratives propres à favoriser leur exploitation ou leur commerce et à obtenir l'abrogation des entraves qui les gênent, etc. Les maîtres de forges et de verreries, les fabricants de papier, les filateurs de coton, etc., usent des mêmes moyens pour obtenir des résultats analogues, ou afin de créer et entretenir à l'étranger des débouchés pour leurs produits, sans devoir se livrer personnellement à des démarches et des explorations qui exigent de grands sacrifices de temps et d'argent. Ce sont là d'ingénieuses et louables applications du principe de l'association; malheureusement on ne s'en tient pas toujours à celles-là, et le même appareil employé à la légitime défense des droits et des intérêts d'une association devient parfois aussi un appareil agressif, une coalition temporaire ou permanente destinée à engendrer la hausse artificielle des produits à vendre et la baisse factice des matières premières à acheter ou des salaires à payer, quoique ces mêmes coalisés invoquent l'appui du code pénal , aidé du procureur du roi, des gendarmes et de la prison, contre les ouvriers qui seraient tentés d'imiter leur exemple, ou même d'opposer coalition à coalition.

Ce que les maîtres font, au moins dans la mesure de ce qui est légitime, est bon à faire pour les ou-

vriers, qui, eux aussi, peuvent améliorer considérablement leur sort par l'emploi judicieux du principe si fécond de l'association. Déjà nous avons montré, dans le chapitre III, l'application que les ouvriers peuvent faire de ce principe à leur instruction, et, au chapitre XII, en combinant ce principe avec celui des assurances, à se préserver des plus grands dangers dont ils soient menacés : le chômage, la maladie, la vieillesse, ou la mort prématurée. Voyons maintenant quelles autres applications encore ce principe est susceptible de recevoir.

Un particulier riche qui a besoin d'informations concernant ses intérêts a ordinairement le loisir de les rechercher lui-même, ou le moyen de payer un avocat ou quelque autre agent qui les recueillera pour lui. L'ouvrier, s'il se trouve dans le même cas, n'a ni l'instruction ni le temps nécessaires pour s'aider lui-même, ni les moyens de se faire aider par autrui; de là résulte que ses droits ou ses intérêts sont souvent négligés, méconnus ou transgressés, ou bien qu'il perd lui-même de bonnes occasions d'accroître son bien-être ou d'éviter la misère. Cependant, ses intérêts lui so.nt ordinairement communs avec la plupart de ses confrères, et la dépense de temps et d'argent qu'il devrait y consacrer lui devient légère quand elle est partagée entre plusieurs. En même temps, si certaines affaires dépassent la portée de son intelligence ou de son savoir, il trouvera peut-être parmi ses associés, quelqu'un déplus instruit ou de plus expérimenté que lui, et qui pourra plus facilement mener cette affaire à

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