CHAPITRE XIV
bonne fin. Le meilleur moyen, pour les ouvriers, de tirer parti des avantages que leur offre l'association, c'est de se constituer en société pour la défense de leurs intérêts communs, entre ouvriers de la même profession, dans chaque ville et dans chaque canton rural, d'élire des comités permanents parmi les membres les plus actifs et les plus intelligents de ces sociétés, et de se cotiser afin de fournir à ces comités les moyens d'exécution des mesures prises dans l'intérêt social. Les comités permanents seraient chargés de prendre toutes les informations concernant les intérêts généraux de l'association, et en particulier toutes les circonstances qui peuvent influer sur l'offre et la demande du travail de ses membres. Ces renseignements, ainsi qu'un rapport sur les autres travaux du comité , seraient présentés à l'association dans des assemblées tenues à des époques fixes ou convoquées exprès dans des cas d'urgence. Suivant que l'exigerait l'intérêt général des ouvriers d'une même profession, les comités locaux se mettraient en rapport entre eux, et, afin de faciliter ces rapports, ils nommeraient un comité central, résidant, soit dans la capitale du pays, soit dans la localité où le plus grand nombre d'ouvriers de cette profession se trouvent réunis.
Comme, surtout à l'origine de leur formation, les membres de ces comités ne réuniraient pas toujours des connaissances suffisantes pour bien traiter les questions qui leur seraient soumises, ils pourraient s'adjoindre d'autres membres, choisis en dehors de la classe ouvrière, qui, mus par le désir de contri-
buer aux progrès et au bien-être de celle-ci, prêteraient gratuitement le concours de leurs lumières et de leur influence à ces comités, ceux-ci demeurant toujours composés en majorité d'ouvriers, qui avec le temps s'éclaireraient assez eux-mêmes pour pouvoir se passer de l'aide de personnes étrangères à leur profession.
Il est beaucoup d'intérêts communs, non seulement aux ouvriers d'une profession ou d'une localité, mais à la classe ouvrière de tout un pays. Pour que des intérêts d'une semblable importance fussent convenablement discutés et sauvegardés par des moyens efficaces, il faudrait le concours de toutes les associations du pays, et pour que ce concours pût être réclamé en temps utile, il faudrait aussi former un comité général pour toutes les associations, ayant pour mission spéciale de s'occuper des intérêts généraux de toute la classe ouvrière, et de correspondre à cet effet avec les comités centraux de chaque profession. Les moyens d'action dont disposeraient les associations ouvrières pour s'éclairer sur leurs intérêts ou leurs droits et pour les faire prévaloir contre des intérêts opposés ou contre la violence ou l'inertie de l'opposition, lorsque leur légitimité a été reconnue, sont la discussion dans les comités d'abord, dans les assemblées générales ensuite, et enfin, dans des meetings ou réunions publiques ayant pour but d'agir sur l'opinion des masses, afin d'en obtenir l'appui moral, l'envoi de pétitions et de mémoires explicatifs aux chambres législatives ou aux autorités qui ont à décider sur