CHAPITRE U. o
soumis à un régime alimentaire plus fortifiant, et dont la viande formait l'élément principal. Dès lors les ouvriers anglais furent congédiés, car les Belges étant parvenus à faire le même travail qu'eux, et comme ils pouvaient se contenter d'un moindre salaire puisqu'ils ne se déplaçaient pas pour travailler, les Anglais ne pouvaient plus soutenir leur concurrence.
Cependant, il n'y a encore que peu d'ouvriers dans notre pays qui profitent de cet enseignement, excepté parmi les travailleurs d'élite, employés dans des professions où ils gagnent des salaires élevés, mais oii, en même temps, l'accomplissement de leur tâche exige une assez grande force musculaire, unie à de l'adresse. Les autres ne peuvent pas faire l'avance nécessaire pour se bien nourrir jusqu'à ce qu'un plus grand développement de force leur fasse gagner un salaire plus élevé ; d'autres encore préfèrent suivre l'ancienne routine et boire la partie de leur salaire qui dépasse les besoins ordinaires de l'alimentation. Pour ceux-là, et c'est le grand nombre, les patrons sont obligés de les nourrir euxmêmes quand ils désirent en obtenir un travail plus actif et plus énergique que celui de la journée ordinaire.
On peut conclure de là qu'il faudra bien longtemps encore avant que nos ouvriers consentent à ne travailler que moyennant un salaire suffisant pour leur assurer le complet développement de leurs forces, et surtout pour que, ce salaire obtenu, ils sachent en faire l'usage le plus utile.
Les maîtres hâteraient la venue de ce moment favorable à eux-mêmes autant qu'aux ouvriers, en mettant ceux-ci à même, par des expériences répétées, de juger des effets d'une alimentation convenable. Quoi de plus facile, par exemple, pour déraciner le préjugé que la bière donne de la force, que de faire un essai comparatif, continué pendant un temps suffisant, entre le travail fourni par une brigade d'hommes nourris d'une ration ordinaire de pain de seigle, de pommes de terre et de légumes, mais bien abreuvés de bière et celui d'un nombre égal d'ouvriers nourris de pain blanc et de viande" rôtie et ne buvant que de l'eau ou de la bière en petite quantité. Le résultat de telles expériences, qui, sans doute, serait décisif, ne tarderait pas à éclairer les ouvriers et à les faire revenir de leur déplorable erreur, favorable seulement aux brasseurs et aux débitants de bière.
Ce que nos travailleurs y gagneraient en bien-être matériel ne serait pas sans influence sur leur bien- 'être moral, car une santé robuste engendre plus de contentement et moins de dépense au cabaret, entraîne à moins de conséquences funestes pour le bonheur de l'ouvrier et de sa famille.
Dès que la nécessité de mieux se nourrir sera comprise par tous les ouvriers, la concurrence qu'ils se feront entre eux (voir le chapitre I) fera baisser le taux de leur salaire à ce qu'il était primitivement, avec augmentation de la somme nécessaire pour se procurer des aliments en plus grande quantité et de meilleure qualité.
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