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DES ASSURANCES

Il n'est pas d'entreprise, quelque bien combinée, si prudemment exécutée qu'elle soit, qui offre un résultat certain et susceptible d'être rigoureusement apprécié à l'avance.

Des milliers d'événements imprévus peuvent entraver la marche des affaires et en modifier l'issue ; ce sont les variations de la politique, de l'atmosphère, les chances de vie et de santé, l'ignorance, les erreurs, les préjugés, les passions, l'imprévoyance, le manque d'énergie qui déjouent et mettent en défaut les calculs les plus prudents. Aussi n'entreprend -on aucune afÈdre sans tenir compte dans une certaine mesure des chances de non réussite qu'elle présente, ou des causes qui rendent le succès difficile à obtenir.

Par exemple, si un commerçant fait venir de l'Inde quatre navires chargés des cargaisons d'égale valeur, et que l'expérience lui ait appris que sur quatre vaisseaux qui font ce trajet, il j en a ordinairement un qui se perd, il aura dû calculer d'avance le prix de vente de sa marchandise en additionnant le prix d'achat, les frais de transport et autres, les bénéfices et le quart en plus pour les chances de perte qu'il court. Si les quatre navires arrivent, ce commerçant ne doit pas considérer le surplus du produit de son opération comme un surcroit de bénéfice ; ce n'est que la compensation d'une chance de perte, car il peut arriver qu'au voyage suivant il perde 2 navires au lieu d'un. Il en est de même de toute autre entreprise ; elle doit toujours produire

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d'autant plus qu'elle offi-e plus de chances de perte, et la différence entre le profit ordinaire d'une entreprise dont le résultat est aussi certain que possible, et le profit obtenu dans celle-ci est la compensation du risque couru ou la prime d'assurance et non un bénéfice net.

Il est malheureusement impossible de calculer cette prime d'assurance d'une manière certaine ou même approximative pour une seule entreprise, surtout si elle n'a pas été précédée de beaucoup d'autres de même espèce et dont les résultats sont connus.

Dans ce cas un entrepreneur est souvent disposé à s'exagérer le risque et la prime nécessaire pour le compenser. Qu'un négociant expose toute sa fortune sur un seul navire partant pour un long voyage : si le navire périt, il est ruiné, il calculera donc qu'en cas de réussite il faut que sa fortune soit doublée, et il établira ses prix en conséquence.

Mais aussi, qu'il répète dix fois cette opération, et qu'il n'ait qu'un seul insuccès dans cette série , et la grande richesse qu'il acquerra par le cumul de l'excès de la prime sur la perte réelle, excitera bientôt la convoitise d'autres commerçants , dont la concurrence ramènera l'égalité entre la prime et le risque, désormais susceptible d'une évaluation plus précise, à cause du plus grand nombre d'expériences faites dans des circonstwices identiques.

Quand la concurrence a établi cette égalité entre le risque réel et la prime d'assurance, celle-ci fait partie des frais de production des services ou des produits qui ne peuvent être obtenus sans que ce risque soit couru.

Elle enchérit ces services ou ces produits au détriment de Tacheteur, et sans profit réel pour le producteur. Il importe donc à la société entière de rechercher et de mettre en œuvre les moyens de faire disparaître les risques qui troublent la sécurité des entreprises, en tant que ceux-ci dépendent de la volonté des hommes.

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Combien la société épargnerait d'eflbrts stériles, de dépenses sans résultat, et combien par conséquent elle jouirait d'une plus grande somme de bien-être, s'il n'y avait pas lieu de prélever tant de primes d'assurance contre les chances de non réussite des entreprises dues à l'ignorance et à Tincurie, au mensonge et à la perversité.

De même que plusieurs hommes, en unissant leurs forces, soulèvent et transportent facilement un fardeau qui eût été accablant pour un seul, ainsi l'association rend légère pour plusieurs la chance qui , si elle se réalisait , ruinerait une seule personne.

Ainsi, dans l'exemple cité plus haut, une seule personne confie sa fortune entière à un navire avec sa cargaison, le navire périssant, sa fortune est anéantie, et il ne peut plus essayer de courir de nouvelles chances ni de rétablir sa fortune s'il en recontre d'heureuses ; tandis que, si le navire appartenait à une personne et la cargaison à plusieurs autres, la perte de ce navire n'entraînerait la ruine de personne et ceux qui ont subi cette perte peuvent chercher à s'en dédommager en tentant de nouvelles entreprises.

C'est sur ce principe de la répartition d'un risque commun entre un grand nombre de personnes que sont fondées les assurances mutuelles, dans lesquelles les associés s'engagent à supporter en commun les pertes subies par un ou plusieurs d'entre eux à l'occasion du genre de risques contre lesquels l'association a été établie.

L'assurance mutuelle s'applique avec avantage à un grand nombre de risques, tels que celui d'incendie, de maladies ou de blessures chez les ouvriers ; elle peut servir à garantir des pensions de retraite dans la vieillesse, etc.

Les compagnies d'assurance mutuelle oflrent cet avantage, qu'elles établissent une solidarité d'intérêts entre les associés ; elles ont pour inconvénient d'exiger que chaque associé s'occupe de l'administration de l'entreprise d'assurance, et enfin, le risque

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quoique considérablement amoindri par son partage entre un grand nombre de participants, demeure encore variable et incertain.

Les compagnies d'assurances à primes sont organisées d'une manière plus conforme au principe de la division du travail; elles remplissent aussi d'une manière plus complète le but que l'on a en vue en s'assurant : celui de convertir un danger éventuel mais considérable en une perte certaine mais très faible par rapport à celle que l'on aurait à subir en cas d'accident.

Les compagnies d'assurances à primes prennent en effet à leur charge tous les risques d'une entreprise ou d'une propriété moyennant une prime fixe payée ou consentie à l'avance, une fois pour toutes ou annuellement , selon que le risque est temporaire ou permanent.

La prime fixe perçue par ces compagnies sur leurs assurés comprend la compensation du risque , les frais d'administration et le bénéfice des entrepreneurs. Elle est toujours proportionnelle à la valeur assurée et se compte à tant pour cent ou pour mille de cette valeur.

Elle est aussi en raison de la grandeur et de la durée ou de la fréquence du danger auquel est exposé la chose assurée.

Pour calculer la prime dans chaque cas particulier, on se fonde sur ce principe du calcul des probabilités que les événements dont l'arrivée et la succession semblent dues au hasard et que rien ne peut faire prévoir, sont cependant soumis à des règles apprécial^les et presque certaines, lorsque ces événements sont observés un très grand nombre de fois dans des circonstances identiques ou analogues.

Par exemple, si l'on jette deux dés au hasard, rien ne peut faire prévoir le nombre de points qu'ils amèneront et qui sera compris entre 2 et 12. Quoique la moyenne de ces nombres soit 7, il n'y a aucune raison pour que ce soit plutôt ce nombre que tout autre qui sorte.

Cependant, si on jette les dés cent fois, et si l'on additionne

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le nombre de points ainsi amenés on trouvera une somme différant peu de 700.

Si Ton répète la même opération mille fois, la somme se rapprochera encore davantage de 7,000 et ainsi de suite de telle sorte que plus les faits se multiplient, plus la probabilité s'approche de la réalité.

C'est ainsi, que les données fournies par les registres de l'état civil permettent de calculer, avec une grande approximation, le nombre annuel des naissances, des mariages, des décès ; la durée de vie probable des habitants, etc., dans une contrée de quelque étendue, et que d'autres événements, tels que : des incendies, des naufrages, etc., peuvent être prévus avec une certaine exactitude lorsqu'un grand nombre de maisons ou de navires se trouvent dans des circonstances semblables.

L'assurance à primes fixes peut s'appliquer à un grand nombre de risques, tels que : les naufrages et les risques maritimes pour les navires et leur cargaison; les risques du transport intérieur par terre et par eau, Tincendie des maisons et autres bâtiments, des meubles et des marchandises, des meules, des récoltes sur pied, des forêts, etc., des effets de la grêle sur les récoltes ; des épizooties, d'accidents qui peuvent arriver à l'homme dans l'exercice de sa profession, dans ses voyages, etc. ; contre les résultats des faillites pour les commerçants, etc.

Les assurances à primes, combinées avec le cumul» des intérêts de capitaux versés par anticipation peuvent s'appliquer à toutes les chances de la vie humaine et servir à constituer des pensions viagères, des héritages, des dotations, etc.

Enfin divers genres d'assurances, soit personnelles, soit mutuelles, soit combinées avec le cumul des intérêts, peuvent préserver les ouvriers contre les chances de la misère. (Yoir le ch. XVni du salaire.)

Les banques sont, comme on l'a vu dans le chapitre XIV, des entreprises d'assurances contre le risque de la perte des capitaux ou l'irrégularité du paiement des intérêts.

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L'intérêt des capitaux comprend parmi ses éléments une prime d'assurance contre le risque de perte ou de non-remboursement du capital prêté.

Enfin il n'est personne dont le revenu, quelle qu'en soit la source, ne doive comprendre une certaine prime d'assurance contre ses chances d'instabilité ou même de perte totale et celui qui néglige de tenir compte de ces chances et d'y pourvoir, en capitalisant une partie de son revenu à titre de prime d'assurance, s'expose à voir s'amoindrir celui-ci ou même à le perdre entièrement; tandis qu'en payant d'avance un tribut fixe mais modéré, à chaque chance d'accidents ou de mécomptes auxquels on est exposé, il est peu de malheurs qui puissent sérieusement compromettre les sources d'un revenu.

On voit, par ce qui précède, combien est fécond le principe des assurances et combien ses applications si nombreuses et si utiles peuvent ajouter de sécurité aux entreprises qui, par leur grandeur et par les risques auxquels elles exposent les capitaux qui y sont engagés, ofirent à la fois une grande utilité pour la société et de grandes difficultés pour les entrepreneurs.

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