‹ Du salaireChapitre 17 sur 136 · ÉLEVÉ, CORRESPOND DU TRAVAIL A BON MARCHÉ · texte numérisé non relu

ÉLEVÉ, CORRESPOND DU TRAVAIL A BON MARCHÉ

Dans des conditions semblables, le sort de l'ouvrier s'améliore sans que l'acheteur de son travail y perde ; au contraire, la société toute entière, toujours en y comprenant les ouvriers considérés comme consommateurs, y trouve un bénéfice appréciable.

Ne résulte-t-il pas déjà, d'une manière évidente, de ce que nous venons d'exposer, ce fait consolant : que l'intérêt de la classe laborieuse concorde avec celui de la société entière? En effet, l'ouvrier est-il faible, abruti, misérable, son travail coûte cher et la société doit se restreindre sur les satisfactions qu'elle en retire. L'ouvrier est-il au contraire robuste, intelligent et bon, son salaire s'élève et le prix de son travail , c'est à dire de la somme de jouissances qu'il precure à ses semblables, s'abaisse*

Nous espérons avoir plus d'une fois encore, dans le cours de cet exposé, à faire remarquer cette harmonie d'intérêts entre producteurs et consommateurs, entre ouvriers et patrons, entre la classe ouvrière et toutes les autres classes qui composent la société.

Nous nous estimerons heureux si nous parvenons

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ainsi, ne fàt^ee que pour une part infime, à eomplé* ter cette démonstration , laissée inachevée par Bas* tiat, que la Providence n'a pas mis moins de sagesse et de prévoyance, moins de sublime harmonie, dans les lois qui régissent le monde moral, que dans celles qui gouvernent le monde physique, — si nous parvenons à montrer, une fois de plus, combien la vraie économie politique est d*accord dans ses conclusions avec la morale la plus pure, puisqu'il résulte de cette solidarité entre le [Mitron et l'ouvrier, que l'intérêt bien entendu leur donne le même conseil que cette morale : Aimez-vous, aidez-vous les uns les autres.

Hélas ! combien l'on est loin de ce précepte dans la pratique!

Que de fois nous avons entendu répéter par des industriels et par des hommes politiques qui se croyaient profonds, sensés, pratiques : <c II ne Con< vient pas que l'ouvrier soit instruit ni qu'il parvienne à une certaine aisance, car alors il devient indiscipliné, turbulent, exigeant en ce qui concerne son salaire et plus enclin à l'oisiveté et aux plaisirs qu'au travail. »

Et l'on ne manque pas de citer des exemples à Tappui de cette assertion, heureusement aussi absurde qu'elle est inhumaine et peu morale.

« Quand l'ouvrier est dans l'aisance, dit-on, il gaspille son salaire en dépenses insensées ; la débauche et la bonne chère absorbent la majeure partie de son revenu et son ménage n'en va pas mieux , au contraire; car le crédit que lui fait obtenir sa paye élevée ne sert qu'à lui faire contracter plus facile-

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ment des dettes qui le jettent finalement dans le découragement et dans la misère.

« Il travaille moins assidûment et avec moins d'ardeur que quand il est pressé par le besoin, et on ne le trouve pas quand il faudrait l'avoir pour achever quelque commande pressante. Son indépendance le rend hautain, insolent, capricieux, prompt à se coaliser et à se révolter.

« Quand l'ouvrier est trop instruit, il veut en savoir plus que son maître , et il devient impossible de le dominer ; cette instruction ne pouvant Jamais être complète, ne le prémunit pas contre les mauvaises lectures ; il veut se mêler de politique et se jette alors volontiers dans les partis extrêmes, mçttant ainsi en péril l'ordre et l'existence même de la société. »

Il nous sera facile, croyons-nous, de réfuter ces assertions, qui ne reposent que sur une observation incomplète des faits.

Il est très vrai , et nous avons pu l'observer nousmême, que l'ouvrier dont l'aisance se trouve augmentée par un accroissement subit et considérable de son salaire, ne sait pas toujours, à beaucoup près, faire un bon usage de ce surcroît de revenu ; il le gaspille souvent, s'habitue à une vie peu réglée et à de fortes dépenses, qui lui rendront plus tard la misère plus dure, et néglige son travail.

Mais n'en est-il pas exactement de même pour l'homme qui, ayant reçu cependant une éducation plus complète que celle de l'ouvrier, se voit inopinément en possession de grandes richesses? Combien

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