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CHAPITRE yn

qu'il cédera à celui qui lui offrira en retour le plus grand nombre de planches par chaque jour d'usage, l'expérience indiquant que, par son aide, un homme peut faire vingt-quatre planches pendant une journée. Pour obtenir la préférence chaque bûcheron offre un peu plus que ses rivaux, mais le plus offrant s'arrête à onze planches par jour. A ce prix, il obtient l'usage de la scie et quelque dure que puisse paraître cette condition, le marché n'est pas onéreux pour le bûcheron, qui, par ce moyen, obtient une planche de plus, par jour, que ses confrères.

Mais, plus tard, le propriétaire de la scie ayant voulu abuser de son monopole, en exigeant au delà de douze planches par jour pour l'usage de cet instrument, les bûcherons, malgré leur rivalité refusent unaniment de s'en servir, et c'est alors pour eux comme si la scie n'existait pas, tandis que son propriétaire, pour en tirer parti, est obligé de s'en servir lui-même. Sur ces entrefaites, d'autres propriétaires de scies, attirés par les gros profits que le premier avait obtenus en louant sa scie, se présentent en si grand nombre, qu'ils sont obligés de se contenter, pour la location de leurs scies, du prix d'une planche par jour que les bûcherons consentent à leur offrir.

Il résulte de cet exemple, que le capitaliste ne peut jamais obtenir de son capital un loyer plus élevé que la part due à la coopération de ce capital dans la production, et par conséquent qu'il ne peut pas empiéter indûment sur la part du travailleur, et d'un autre côté, que plus les prétentions du capitaliste

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sur le loyer de son capital sont excessives, pluâ eïle^ lui suscitent la concurrence des autres capitalistes, concurrence dont le résultat définitif est d'abaisser le taux du loyer de leurs capitaux à n'être plus que la juste et exacte rémunération du service rendu par ceux-ci.

Le second élément de l'intérêt des capitaux prêtés, est, comme on l'a vu plus haut, la prime d'assu* rance, qui sert de dédommagement au risque couru par le prêteur, de n'être pas remboursé de son capital à l'échéance du prêt, ou de ne l'être que partiellement ou tardivement, ou bien encore après des poursuites désagréables à exercer et onéreuses, enfin de ne pas recevoir l'intérêt lui-même.

La prime se proportionne toujours à l'intensité du risque couru par les capitaux prêtés, soit à cause des circonstances générales qui influent sur la sécurité du prêt, soit à cause du degré de confiance que mérite l'emprunteur. En effet, cette proportionnalité s'établit tout naturellement par l'action çlu rapport de l'offre à la demande. Cette dernière restant la même, l'offre décroît rapidement dès que le placement du capital présente le moindre danger, d'où résulte nécessairement la hausse du prix du service rendu par le prêt du capital.

Ceci explique comment il se fait que les personnes qui, par leur caractère ou leur position, inspirent peu de confiance aux capitalistes, ne trouvent à emprunter qu'à des conditions extrêmement onéreuses. Il résulte de là, également, que .les guerres, les troubles politiques, les crises financières, le

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mauvais état des y^coltes, produisent uû effet instantané et souvent très intense sur le taux de l'intérêt.

Enfin, on démontre encore que toutes les personnes qui ont besoin d'emprunter des capitaux sont intéressées à inspirer de la confiance aux capi-» talistes par leurs capacités morales et intellectuelles et par le bon état de leurs entreprises, et qu'elles sont intéressées en outre à ce que la paix et la sécu* rite de la société n'éprouvent aucune perturbation.

Enfin, leur intérêt exige donc aussi, que le progrès social qui est à la fois Teffet et la cause de la formation des capitaux, se réalise d'une manière continue et sans ces terribles secousses auxquelles on a donné le nom de révolutions.

Il est essentiel de remarquer, quoique peu de personnes en tiennent compte, que la prime d'assurance, qui, dans beaucoup de cas, forme la majeure partie de Tintérét, est une perte sèche pour celui qui la paye, sans être un bénéfice pour qui la reçoit ; de sorte qu'en somme, il en résulte une perte absolue pour la société, ou un travail qui demeure sans résultat, et qui est d'autant plus intense que la sécurité générale ou particulière offerte au prêteur est moindre.

On peut donc dire que la prime d'assurance sur le capital prêté est à l'intensité du travail exécuté par la société, ce que le frottement est au travail mécanique d'une machine, c'es&t à dire une résistance nuisible qui absorbe une partie plus ou moins considérable de ce travail en pure perte, et qu'il importe de diminuer autant que possible par la bonne or^nisation de la sodété ou de la machine.

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Nous disons que la prime d'assurance est une perte absolue pour l'emprunteur, car elle n'ajoute rien au service rendu par le capital prêté , ce service restant le même quand la prime d'assurance est nulle, c'est donc entièrement sur le travail de l'emprunteur que celle-ci est prélevée.

Nous disons aussi que la prime d'assurance n'est pas un bénéfice pour le prêteur, car si celui-ci, par l'effet de son habileté à éviter les mauvaises chances, la convertit toute entière en profit pour lui, en compensation, pour d'autres prêteurs mal avisés ou malheureux, elle ne suffit pas à couvrir les pertes, de sorte qu'en moyenne elle n'est que le dédommagement pur et simple des pertes éprouvées par le capital, le nécessaire pour que celui-ci ne soit pas amoindri par le prêt. Que si parfois la prime constitue un faible excédant sur cette exacte compensation, elle n'est encore que la légitime récompense de rintelligence et de l'activité qu'il a fallu déployer pour écarter du capital prêté le plus de mauvaises chances que possible, travail qui n'eût pas été nécessaire si ce capital avait toujours joui de la plus parfaite sécurité.

Si nous avons bien réussi à exposer dans ce chapitre la vraie théorie du capital et de l'intérêt, on doit pouvoir en tirer la conclusion que l'ouvrier est aussi intéressé que le capitaliste lui-même à la multiplication et à la sécurité des capitaux, puisque ce sont là les conditions qui lui assurent le bas prix du concours de ces énergiques auxiliaires de son travail. Les ouvriers peuvent contribuer directement à

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