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CHAPITRE Mil

conséquent d'être avantageux à la classe ouvrière, qui profite, en outre, comme consommatrice, du bon marché engendré par les machines. Celles-ci donc, bien loin d'ôter du travail à Touvrier, lui en procurent, et à des conditions plus avantageuses que si elles n'existaient pas.

A ceux qui objecteraient que ce qui précède n'est que de la théorie que la pratique ne confirmerait pas, nous montrerons l'Angleterre croissant en population et en bien-être par suite des admirables inventions d'Arkwright et de Watt; — nous montrerons les ouvriers employés en plus grand nombre et mieux payés dans les contrées où il y a beaucoup de machines que dans celles où il n'en existe point; nous les prierons de comparer le Hainaut et la province de Liège avec la Flandre occidentale et le Limbourg; l'Angleterre avec TEspagne, etc.

Comment pourrait-il en être autrement, d'ailleurs, puisque les machines, comme nous venons de le démontrer, n'ôtent pas le travail à l'ouvrier et donnent cependant gratuitement à la société, et à l'ouvrier lui-même, les produits d'un travail égal aux efforts humains qui ont été supprimés?

Remarquons encore ici que l'action exercée par les machines sur le revenu de l'ouvrier est double. Celui-ci gagne, comme consommateur, au bon marché de produits créés à l'aide des forces gratuites de la nature; comme producteur, il profite de la demande de travail que produit l'épargne du revenu social dû à ce même bon marché.

Mais on n'aurait qu'une idée imparfaite du bien

Googk

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engendré par les machines si l'on croyait que celuici se borne aux avantages purement matériels. En affranchissant l'ouvrier des travaux corporels les plus pénibles et les plus dégradants, en lui donnant du loisir — puisqu'elles travaillent pour lui, — elles le font gagner en dignité et lui permettent de développer ses facultés morales et intellectuelles. Non seulement elles lui permettent ce développement qui, sans leur concours, serait impossible, mais elles l'y obligent en quelque sorte, en se chargeant pour lui de toutes les occupations matérielles.

Pour se convaincre de cette influence bienfaisante des machines, il suffit de mettre en parallèle, le travail presque tout intellectuel de conducteur d'une locomotive qui, sans fatigue, transporte d'immenses fardeaux en franchissant de longues distances avec une grande rapidité — et le pénible et peu fructueux labeur de Thomme qui porte sur le dos une faible charge avec laquelle il avance lentement, pour s'arrêter bientôt, épuisé de fatigue.

Quelle différence aussi, entre le compositeur d'imprimerie d'aujourd'hui, dont le rapide travail, grâce à la machine à imprimer, profite à tout un monde de lecteurs, et le copiste d'autrefois, qui consacrait une partie de son existence à la confection d'un seul livre, lu par un petit nombre de personnes !

Ainsi, grâce aux machines, on obtient un très grand résultat en retour d'un faible effort, tandis que c'est le contraire qui a lieu lorsque' l'homme n'a d'autres serviteurs que ses propres orgarles.

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