‹ Du salaireChapitre 78 sur 136 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

ont fondé, vers la fin de 1858, une association générale ouvrière, dont le but est de chercher à faire prévaloir les intérêts généraux de la classe des travailleurs, en mettant en œuvre, à l'aide de la force résultant de l'union, tous les moyens que donnent la Constitution et les lois pour faire disparaître les causes d'inégalité qui existent encore entre la classe des ouvriers et les autres classes de la société, et pour travailler au développement de la liberté et du bien-être moral et matériel de cette classe. Ces ouvriers convoquèrent leurs compagnons des diverses professions à plusieurs meetings ou assemblées dans lesquelles le but, l'opportunité et les moyens d'action de l'association générale ouvrière furent exposés avec un véritable talent par les fondateurs. Divers ouvriers, prenant successivement la parole, montrèrent l'inutilité des efforts tentés par des associations professionnelles pour obtenir le redresse^ ment de griefs dont ils avaient à se plaindre et qui résultaient en partie, de l'iniquité de nos lois douanières, favorisant le travail étranger aux dépens du travail national par des dispositions non moins absurdes qu'injustes. La conclusion unanime de ces ouvriers fut qu'une-association générale était nécessaire pour réunir en un seul faisceau les forces, disséminées et divisées jusqu'ici , de la classe ouvrière. Le passage suivant, que nous extrayons textuellement du discours prononcé par M. Frédéric Thys, secrétaire de l'association, dans un meeting tenu le 2 novembre 1858, montre à la fois les vues des fondateurs de l'association générale, et la ma-

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nière pleine de raison et de bon sens avec laquelle savent s'exprimer des ouvriers que Ton se complaît à nous représenter comme des êtres ignorants et abrutis, aussi incapables d'énoncer leurs pensées que d'en avoir de raisonnables. Voici ce passage :

« Je ne viens pas vous proposer de former une société secrète, une association dont les moyens d'action exposeraient ses membres à des dangers journaliers ; nous n'avons pas à craindre qu'en travaillant au grand œuvre que je viens de vous soumettre, la prison. vienne vous fermer le chemin que nous avons à parcourir; non, je viens vous dire avec une conviction profonde et avec le ferme espoir que vous sentirez tous la nécessité d'une telle entreprise : Frères, nous avons souffert assez longtemps, et nous sommes assez instruits par l'expérience pour savoir que, pour nous, il n'y a de salut que dans l'union.

« C'est quelque chose de réellement fatal que le peu d'unité qui règne dans les cercles ouvriers. Des associations particulières en grand nombre, des sociétés dont les buts sont plus variés les uns que les autres ; mais, entre ces divers corps, aucun lien, aucune entente. Aussi, ce qu'elles font n'est rien en comparaison de ce qu'il y aurait à faire.

c( Et cependant, c'est dans l'union de ces différents éléments qu'est notre seule ancre de salut. Ce qui opprime l'ouvrier, ce qui le fait suer sang et eau, ce qui l'oblige fatalement à porter le joug odieux de la pièce de cent sous, c'est le manque de toute ressource matérielle, l'absence de pécule. Si l'ouvrier

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