‹ Du salaireChapitre 97 sur 136 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Si nous avons réussi à exposer nos idées , il doit résulter clairement de ce qui précède que le bien-être ûe la société est intimement lié à celui de la classe ouvrière. Ce n'est donc pas seulement par philanthropie que les hommes éclairés doivent combiner leurs efforts pour éloigner la misère du travailleur et pour relever sa dignité, mais bien par nécessité et dans l'intérêt de la société entière. Nous avons essayé de démontrer, et nous croyons y avoir réussi, que le travail utile s'obtient à un prix d'autant plus bas que l'ouvrier a mis à l'accomplir une plus forte proportion d'effbrts moraux et intellectuels, ce qu'il ne peut faire que pour autant qu'un salaire élevé lui permette dé développerles facultés à l'aide desquelles il accomplit ces efforts. Le salaire élevé , à part les exceptions que nous avons indiquées, correspond donc à du travail à bas prix ou à une plus grande somme de satisfactions réalisées dans la société, en

yGoogk

ta DU SALAIRE.

échange d'une même somme d'efforts. II résulte de là que la société entière est intéressée au bien-être de l'ouvrier, et que cet antagonisme que l'on suppose exister entre les intérêts des classes laborieuses et ceux des classes qui possèdent les instruments du travail, n'est qu'un détestable préjugé dont les conséquences sont misère et souifi^nce pour le plus grand nombre, diminution du bien-être général et dangers pour la société, résultant d'une lutte permanente entre les deux éléments de la production qui croient avoir intérêt à s'amoindrir ou à se paralyser au moins partiellement. Le bien-être général, en effet, ne peut résulter que de leur bonne harmonie et de la combinaison de leurs efforts, non pour se nuire, mais pour s'entr'aider.

La société sera appelée à jouir d'une dose de bienêtre inconnue et presque inespérée jusqu'ici, le jour où les ouvriers comprendront qu'il est de leur intérêt que les capitaux se multiplient, puisque l'accroissement du capital implique Taugmentation de la demande du travail ; le jour où ils comprendront qu'au lieu de jurer haine au capital, ils doivent aider fraternellement le propriétaire à l'acquérir ou à l'accroître, dussent-ils ne jamais le posséder eux-mêmes; le jour où les capitalistes et les patrons comprendront que leur intérêt est attaché à la multiplication des sources du travail et que les ouvriers ne peuvent devenir nombreux, honnêtes, intelligents et forts,' que quand ils sont bien payés.

Augmenter le bien-être, la moralité et l'intelligence chez les ouvriers, tel doit donc être l'objet de la con-

yGoogk

CH^tTRB XVIII. m

stante sollicitude des patrons dans leur propre intérêt. Les principaux moyens d'y parvenir sont ceux que nous avons indiqués dans le courant de ce travail et qui peuvent se résumer ainsi :

Faciliter à l'ouvrier l'acquisition de bonnes habitudes morales et le développement intellectuel par l'instruction, en mettant à sa portée les connaissances utiles et en perfectionnant l'éducation des hommes et des femmes adultes, afin qu'à leur tour ils puissent poopérer efficacement à celle de leurs enfants;

Faire en sorte que l'ouvrier puisse toujours se procurer au plus bas prix possible toutes les choses nécessaires à la satisfaction de ses besoins, en veillant à ce que nulle entrave ne soit opposée à l'échange de travail contre travail ou de marchandise contre marchandise ;

Laisser se développer librement le génie des inventions, la création de machines nouvelles et de procédés nouveaux, afin que, sans diminuer le travail et sa rémunération, une plus grande somme d'utilité gratuite et par conséquent de bien-être soit mise à la disposition du genre humain ;

Faciliter la division du travail eh veillant toutefois à ce qu'elle ne puisse pas nuire à l'hygiène de la classe ouvrière, afin de tirer un meilleur parti des facultés humaines et de développer l'échange par lequel les dons naturels se distribuent plus abondamment et plus également entre tous;

Substituer graduellement les causes qui tendent à prévenir la misère, telles que l'enseignement, l'association, rassurante et la possibilité d'acquérir la pro-

yGoogk

i44 bu SALAIRE.

priété, aux causes qui tendent à l'engendrer ou à la perpétuer, telles que l'ignorance, Tinconduite, la charité publique et la charité privée mal entendues ;

Enfin, organiser les institutions politiques de telle manière qu'elles offrent aux citoyens le plus de sécurité possible au moindre prix.

L'égoïsme aveugle et sordide, la vieille routine, crient au patron :

« Maintiens l'ouvrier dans Tignorance et dans la misère, réjouis-toi de son imprévoyance, de son incon-, duite, de ses vices et de ses malheurs, c'est ainsi que tu le tiendras sous ta dépendance et que tu auras le travail à bon marché. »

D'un autre côté, le socialisme, réveillant les mauvaises passions de l'ouvrier, lui crie :

« Haine au patron qui se dit ton maître, qui t'opprime et absorbe tout le produit de ton labeur ; haine au capital qui te tyrannise, haine aux machines qui t'enlèvent ton travail, haine à la propriété qui rend le riche chaque jour plus riche, le pauvre chaque jour plus pauvre; trahis le patron, ruine le capital, brise les machines, brûle les ateliers du travail divisé, pille, saccage les propriétés, et tu seras libre ! »

Notre conclusion, entièrement conforme à la morale, logiquement déduite des principes de la science, telle qu'elle est aujourd'hui admise par tous les économistes, notre conclusion dit au patron :

ce Aime tes ouvriers, éloigne d'eux avec soin les causes de la misère, veille sur leur éducation, développe en eux la moralité et la dignité, par le précepte, l'exemple, et ton bien-être sera la .conséquence du

yGoogk

Page 1