DE LA VOLUPTÉ DANS LA DÉVOTION
Catherine, il lui disait comment son amante, elle aussi, eût été digne d'inspirer le peintre. Avec une grande chasteté d'expression et plutôt en esthéticien qu'en amant, il décrivait ces seins, ces hanches, ce port de tête, ce corps ployé, ces beaux yeux noyés de tendresse et ce soupir qui monte jusqu'à leurs lèvres. Et chacune de ces strophes, d'une piété qui surprendrait et peut-être offenserait partout ailleurs qu'à Séville et à Rome, se terminait par ce cri vers la sainte : « Le soupir qui gonflait le sein de ma maîtresse, ô sainte! je le recueillerai sur tes lèvres. »
Et voilà, conclut mon narrateur, ce qu'est, tout au fond, le néo-catholicisme : une façon de mêler la sensualité à la religion. C'est de la piété indifférente au dogme, le goût du brisement de cœur : une volupté, mais à peu près dépouillée de bassesse.